3G et 4G : vers la fin de l'illimité

La semaine dernière, nous expliquions pourquoi — à terme — les applications remplaceront le « web mobile ». Aujourd'hui, analysons pourquoi les offres « illimitées » sont amenées à disparaître et comment — malheureusement — des offres à plusieurs vitesses devraient être proposées à terme.

Les offres actuelles

Pour le moment, les offres dites « illimitées » ne le sont déjà pas réellement. Pour un opérateur, une offre est illimitée dans le temps — on peut parfaitement utiliser la ligne en permanence — mais la vitesse varie. Généralement, les opérateurs indiquent un caps (une limite) au-delà duquel la vitesse est limitée. Chez certains MVNO (les opérateurs virtuels), l'accès au réseau 3G+ (HSxPA) n'est pas proposé, seule la 3G classique — 384 kilobits/s — est proposée. De plus, les connexions 3G — surtout sur les smartphones — voient certains de leurs ports bloqués pour éviter que les utilisateurs n'utilisent des logiciels de VoIP ou de P2P. Enfin, les opérateurs filtrent aussi les appareils qui se connectent sur leur réseau de façon basique, en vérifiant l'User Agent du navigateur, qui varie en fonction des appareils, mais qui est assez simple à modifier.

Comme on le voit, la notion d'offre « illimitée » est déjà assez écornée, étant donné qu'il faut un appareil accepté par l'opérateur, éviter certains services et ne pas espérer des débits constants.

Pourquoi l'illimité va disparaître

Le problème des opérateurs — et en partie des utilisateurs, par ricochet — c'est la saturation des réseaux. Mythe pour certains, cette saturation est pourtant bien présente dans certaines zones urbaines, il suffit d'essayer de se connecter à certaines heures dans des endroits à forte affluence pour s'en rendre compte. C'est un problème pour les opérateurs dans le sens ou faire passer des données coûte cher et que modifier les infrastructures pour s'adapter aux évolutions des usages n'est tout simplement pas toujours possible ou rentable pour l'opérateur, donc le but reste de faire de l'argent. C'est un problème pour l'utilisateur de façon assez directe : le service est dégradé ou ne fonctionne pas.

Dans l'absolu, la solution la plus efficace est évidemment d'améliorer le réseau en augmentant sa capacité, mais ce n'est pas nécessairement la solution choisie par les opérateurs, pour plusieurs raisons. La première, c'est tout simplement le coût : augmenter les capacités est possible, mais c'est très cher. Les infrastructures actuelles ne sont pas nécessairement rentabilisées. La seconde, c'est que c'est quelque chose qui a un effet immédiat, mais à moyen terme : les usages évoluent et il est possible qu'un réseau dimensionné correctement aujourd'hui ne le soit plus demain. La dernière, c'est que modifier les infrastructures n'est pas nécessairement possible : soit la technologie ne permet pas d'améliorer la capacité soit il est impossible d'ajouter des antennes. Loin de nous l'idée de plaindre les opérateurs, donc, mais le simpliste « il suffit d'augmenter la capacité du réseau » n'est pas nécessairement une solution.

Les solutions envisagées par les opérateurs, tout du moins à moyen terme, se basent essentiellement — malheureusement — sur des offres encore plus « limitées » qu'actuellement. La première solution, déjà utilisée par certains MVNO, consiste à limiter les offres : au lieu de proposer une offre dégradée une fois le caps dépassé, la connexion sera coupée, avec possibilité de payer pour réactiver la ligne. Dans la pratique, c'est gênant pour les rares (mais de moins en moins) personnes qui dépassent les limites actuelles, ce qui est justement le point faible de la solution : la saturation est en général ponctuelle et pas liée aux personnes qui dépassent les limites. Cette limitation est utilisée par les MVNO parce que les opérateurs qui possèdent leur réseau facturent les dépassements très cher, ce qui empêche les MVNO de proposer des offres « illimitées ».

Vers des offres à deux (trois, quatre, etc.) vitesses

De ce que nous avons pu entendre chez Amdocs, le futur devrait amener des offres à plusieurs vitesses, littéralement. Les offres destinées au grand public seraient bloquées en UMTS (3G, 384 kilobits/s), les offres destinées aux « Early Adopters » et autres gros consommateurs de téléphonie mobile donneraient par exemple accès aux réseaux 3G+ (entre 3,6 et 14,4 mégabits/s actuellement) et les professionnels pourraient utiliser les réseaux 4G. L'idée ne serait donc pas de limiter la quantité de données qui passe, mais bien de limiter la vitesse à laquelle elles passent. Pour les opérateurs, c'est quelque chose d'intéressant pour limiter la saturation parce que cette solution limite de facto l'usage : une personne qui télécharge actuellement une application sur un réseau 3G+ ne le ferra pas sur un réseau 3G, tout simplement parce qu'elle devra attendre plus longtemps. Certains services utilisés actuellement, comme la vidéo, l'audio en streaming, la VoIP, etc., seront inutilisables... sauf en payant plus. Nous avons pu voir que les opérateurs prévoient des solutions pour ce problème — nous en reparlerons demain — mais l'idée sous-jacente est bien présente : vous voulez une offre rapide ? Vous payez.

En dehors du fait que ce type d'offre n'est pas précisément l'idée que beaucoup se font de la neutralité du net — même si dans les pratiques les offres actuelles ne sont pas conformes à ce que l'on attend d'un Internet neutre —, elle implique surtout une augmentation des coûts chez les utilisateurs, ce qui est évidemment un problème, sauf pour les opérateurs.

Payer sa consommation réelle ?

Autre solution envisagée, payer sa consommation « réelle ». Actuellement, la majorité des utilisateurs de smartphones payent en fait plus qu'ils ne « consomment ». Un utilisateur moyen d'iPhone (ou d'un smartphone Android récent) utilise entre 250 et 300 Mo de données chaque mois, alors que les offres « donnent droit » à 500 Mo et parfois 1 Go. Nous mettons « donnent droit » entre parenthèses parce qu'il ne s'agit pas d'une vraie limite — la ligne reste utilisable une fois le caps dépassé — mais que dans les faits les utilisateurs voient ça comme une limitation. Selon les opérateurs, seuls 2 % des utilisateurs dépassent les limites des offres et il serait donc bénéfique pour une partie des utilisateurs — ceux qui consomment peu — de ne payer que ce qu'ils consomment réellement.

Dans la réalité, c'est un peu différent : les utilisateurs sont trop habitués aux forfaits pour passer à des offres totalement liées à l'usage. La raison est assez simple : il est difficile, tout du moins les premiers mois, d'estimer sa consommation réelle. En effet, les utilisateurs lambda n'ont aucune idée de la quantité de données qui passent dans le smartphone, surtout que cette dernière varie en fonction des appareils. L'exemple de YouTube est typique : si certains smartphones proposent systématiquement une version dégradée des vidéos aux personnes connectées en 3G, ce n'est pas le cas de tous les appareils. Cette simple différence sur YouTube peut amener une surconsommation sur une facture de téléphonie mobile, simplement parce que le flux utilisé n'est pas adapté à un usage mobile.

Dans la pratique, la solution est une technique qui existe déjà sur certaines offres destinées au partage de connexion : des paliers. En dessous de 50 Mo, on paye peu et plus on utilise de données, plus le prix augmente, avec une limite (généralement 1 Go) au-delà de laquelle on passe en « illimité » avec un débit réduit. C'est avantageux pour les personnes qui consomment peu, mais pas pour les autres. Effets pervers de ce type de facturation, une offre « par paliers » est plus onéreuse pour les gros consommateurs qu'une offre classique (40 € contre 30 € chez SFR par exemple).

Au final, les offres « illimitées » comme elles existent actuellement vont disparaître, c'est quelque chose qui semble acquis pour les opérateurs. On ne sait pas encore par quoi exactement elles vont être remplacées, mais une chose est certaine : si une frange des utilisateurs va y gagner (plus ou moins grande selon les choix effectués), ce n'est pas le cas de tout le monde.

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16 commentaires
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  • athosthegod
    Youhou ! Allons tous vers la régression ! Il n'y a que ça de vrai ! Bon sinon à force de revenir en arrière, on aurait mieux temps de tout balancer par la fenêtre définitivement !
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  • boub popsyteam
    Bah ça a déja commencé.

    Pour avoir mon forfait qui a 2 ans à l'heure actuelle je devrais payer +20€ ... (56 vs 37)

    Et l'illimité n'a jamais existé en "internet" mobile (ni vraiment internet tout cours d'ailleurs).
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  • mum1989
    et sinon en italie 3go de donnée pour 5€/mois (une option).
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