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Steve Jobs crucifie le Flash

Par - Source: Tom's Hardware FR | B 107 commentaires

Steve Jobs explique, dans une lettre ouverte publiée sur le site d’Apple, pourquoi le Flash n’est pas fait pour une plateforme telle que l’iPhone OS. Nous tenterons d’aller plus loin pour nous interroger sur le futur des développements web.

Inutile de dire que cette lettre, relativement surprenante de la part d’un PDG, a fait grand bruit. Dans celle-ci, Steve Jobs soulève six arguments techniques destinés aux développeurs.

De la pérennité du Flash

M. Jobs questionne la pérennité du Flash comme plateforme de développement en montrant qu’il s’agit d’un environnement fermé complètement contrôlé par Adobe. Apple reconnait que l’OS de l’iPhone est propriétaire, mais qu’il repose sur des technologies ouvertes comme le HTML5, le CSS ou le JavaScript, toutes supportées par le moteur de rendu de page web WebKit qui est aussi pris en charge par Google, Palm, Nokia et RIM, le grand absent étant Microsoft et son Internet Explorer. IE9 s'annonce néanmoins pleinement compatible HTML5.

La « fermeture » du Flash est aussi la raison pour laquelle Apple refuse les cross-compilateurs (cf. « Ce qu’Apple n’a pas dit durant la conférence »). Steve Jobs ne veut pas que les développeurs soient à la merci des éditeurs tiers pour pouvoir utiliser les nouvelles API gérées par l’OS.

Des performances du Flash

Ce dernier argument nous amène à l’autre grief majeur qu’Apple a contre le Flash et qui porte sur les performances. En plus des problèmes de sécurité et stabilité, Steve Jobs affirme que la plupart des sites Internet utilisant la technologie d’Adobe requièrent un décodeur qui n’est pas géré matériellement, handicapant grandement la batterie. Le message reste simple : s’il vous faut recoder les vidéos pour gérer le H.264 (pris en charge matériellement), autant utiliser le HTML 5.

Le Flash a des problèmes de performances indéniables, corrigés en partie avec la version 10.1, même si nos tests publiés dans notre actualité « Flash 10.1 « Gala », accélération sous Mac OS X » montrent une supériorité du HMTL 5, malgré le fait qu’il ne soit utilisé qu’à un stade expérimental sur YouTube pour le moment.

Le Flash a-t-il de l’avenir ?

Quoi que l’on pense et dise, il est indéniable que Steve Jobs est aujourd’hui le P.D.G le plus investi dans les relations clients de tous les acteurs technologiques du NASDAQ, ce qui joue à son avantage. Néanmoins, au-delà du discours partisan et de la simple querelle entre Adobe et Apple, cette lettre nous semble très intéressante pour tous les programmeurs web s’interrogeant sur l’avenir de leur profession. Nous ne nous arrêterons donc pas sur le débat stérile et souvent malhonnête qui consiste à savoir quelle plateforme est plus ouverte ou quel standard est plus performant, pour tenter d’analyser une question importante : l’étudiant en informatique d’aujourd’hui doit-il encore faire attention au Flash ?

Pour cela, regardons d’abord un détail souvent oublié. La date de publication de la lettre de Steve Jobs ne nous semble pas être une coïncidence. Depuis la sortie de l’iPhone OS et surtout depuis l’annonce de l’iPad, de plus en plus de fournisseurs de contenus créent des versions sans Flash qui connaissent un succès important que ce soit YouTube, Netflix, Vimeo, le New York Times, Time, ABC et d’autres encore qui ont décidé d’adopter le HTML 5. Or, au regard des contraintes budgétaires que ces entreprises connaissent, ont peut se demander pendant encore combien de temps ils développeront deux versions différentes : une avec et l’autre sans Flash.

De même, les chiffres d’Adobe montrent que seulement 9,3 % des possesseurs d’un iPhone ou iPod touch ont essayé de télécharger le plug-in, ce qui veut dire que 90,7 % ne sont jamais allés sur le site de l’éditeur pour essayer de lire un contenu Flash. S’il est indéniable qu’une partie de ces utilisateurs savait que le Flash ne tournerait pas sur le téléphone, on doute que la totalité des 68 millions d’utilisateurs en question soit des consommateurs avertis, ce qui témoigne d’un manque de popularité du format auprès des consommateurs achetant un produit iPhone OS.

Il ne faut pas enterrer le Flash trop vite, principalement en raison de l’amour qu’un nombre important de programmeurs lui porte, comme ont montré les réponses passionnés qu’a suscité l’apparition de la clause interdisant l’utilisation de cross-compilateurs et donc principalement le blocage de l’outil d’Adobe convertissant les applications Flash. Néanmoins, Google a aussi montré la force des WebApp et la possibilité de créer des programmes tournant sur plusieurs plateformes et ne requérant pas l’approbation d’Apple, bref, un système regroupant les espoirs qui sont portés sur le Flash.

Pour finir, nous tenterons une analogie que seul le temps infirmera ou confirmera. En 1998, Apple lançait l’iMac G3 dépourvu de lecteur de disquettes au profit de l’USB et si les différences entre ce choix technologique et le Flash existent, on ne peut s’empêcher d’y voir l’histoire d’Apple pariant sur la mort d’une technologie tout en poussant un standard en pleine expansion, malgré le manque de popularité de cette décision. Apple a eu raison d’abandonner la disquette, le temps nous dira si le rejet du Flash fut tout aussi judicieux. Pour tous les programmeurs pris en otage et qui n’ont pas le temps d’attendre, nous sommes tentés de penser que le HTML 5 a un bel avenir, mais qu’il est encore trop tôt pour abandonner le Flash et s’il ne fallait retenir qu’un argument en faveur de cette position, ce serait le fait que durant la dernière conférence Adobe, les applaudissements les plus virulants furent donnés lorsque l’éditeur a montré qu’il était possible d’exporter une animation Flash simple en HTML 5, comme le montre cette vidéo sur YouTube.

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  • vuzi , 30 avril 2010 00:34
    Jésus on l'a bien crucifié, et on à vu le résultat.
  • p1ngu , 30 avril 2010 00:38
    Deuxième partie d'article très pertinente et intéressante !
  • Anonyme , 30 avril 2010 00:41
    Dans le genre je vous prend pour des idiots, je sais que vous le savez, mais je continue, on ne fera jamais plus fort que ce type.
    Pas de flash parce que à la seconde ou flash est pris en charge totalement, les appstore et vache à lait sont tuées par la possibilité instantanée de fournir rigoureusement la même chose sans engraisser Apple.
    Mais c'est pour le bien des utilisateurs.
  • Que Nenni , 30 avril 2010 00:54
    Analyse intéressante :) 

    Une petite erreur dans le dernier paragraphe : l'iMac est sorti en 1998 et non en 1993
  • dafunker , 30 avril 2010 01:19
    En 2009, QuickTime avait 27 vulnerabilities, Flash 23
    http://eval.symantec.com/mktginfo/enterprise/white_papers/b-whitepaper_internet_security_threat_report_xv_04-2010.en-us.pdf

    Apple n'est pas plus ouvert que l'ai Flash.

    C'est pas HTML5 vs Flash mais Flash vs App Store ...
  • David Civera , 30 avril 2010 01:36
    que nenni > Merci pour la correction. Effectivement, c'était bien 98. Le 3 s'est glissé par erreur.

    Merci aussi pour le commentaire
  • David Civera , 30 avril 2010 01:39
    dafunker > je ne suis pas d'accord pour 2 raisons: 1) l'iPhone OS est plus grand que les apps de l'appstore - cf. Google Talk. 2) Le remplacement du flash par le html 5 affecte beaucoup plus que les sites visités par l'iPhone OS mais le web entier. (cf. les sites qui quittent le flash complètement ou Quake 2 en HTML5 qui n'est pas fait pour l'iPhone http://www.presence-pc.com/actualite/HTML-5-Quake-2-38766/)
  • Johan_et_Pirlouit , 30 avril 2010 02:04
    Un article de fond réellement intéressant. Ce n'est pas (encore) toujours fête, mais ça le deviendra peut-être.. Dans tous les cas, merci pour avoir pris le temps d'en publier un comme celui-là ;) .

    Une coquille m'a toutefois sauté au visage : "ont doute que la totalité des 68 millions d’utilisateurs"...
  • aarrnnoo , 30 avril 2010 02:34
    j'ai lu la lettre, mais si je n'adhère pas à 100% à ce qu'il dit, j'ai pas besoin d'attendre cette lettre ou la réaction d'apple pour voir que Flash sous mac, c'est in-su-por-table !

    dès qu'il y a du Flash, mon ventilateur accélère ! ça me prend une charge processeur invraisemblable pour une pauvre vidéo pourrie de 360px de haut.
  • David Civera , 30 avril 2010 02:42
    johan et pirlouit > La coquille a été corrigée. Merci pour le commentaire :) 
  • newworld666 , 30 avril 2010 08:04
    A une époque j'ai entendu dire par le même que l'IMB PC était une daube et que les machines fermées Lisa puis macintosh étaient l'avenir..
    30 ans plus tard, il pédouille toujours avec ses 8-10% de part de marché (il en avait 90% avant l'arrivée des PC)...
    Et en ce moment, il court après l'intégration du flash dans ses macs et libère l'accès aux cartes graphiques, intègre les windows dans ses machines !!!!
    Alors la pertinence des jugement de jobs ? (à part l'ipod et l'iphone ! que j'ai acheté, et encore le newton est encore dans pas mal de mémoire)
  • fdocteur , 30 avril 2010 08:09
    Super article David, merci bien :) 
    La partie analyse me semble rondement menée :jap: 
  • okey-dokey , 30 avril 2010 09:06
    A certain niveau je suis assez d'accord avec tout cela et l'annalyse de deuxieme partie de l'article est à mon sens bien posée.

    Après j'eviterai de donner parole de bon Dieu à M. Jobs, parce que ça lui arrive aussi de se tromper.
    Souvenez-vous lors de la sorti de l'iPhone: il n'y avait pas d'applications, à M Jobs de dire: "Pas besoin d'applications 'natives' vive les Web App ! Aujourd'hui tout se fait sur le web via la navigateur"
    Force est de constater qu'il a vite revu son jugement...

    Reste donc à mettre en balance à quel point le différenet entre Apple et Adobe entre en ligne de compte et à quel point le pur choix tehcnologique est concerné par son propos.
    Est-ce qu'il ne cherche pas là une justification à sa position contre Adobe? Ou est-ce vraiment une volonté de pousser une technologie en laquelle il croit plutot qu'une autre?

    Ceci dit, meme si je n'ai rien contre le flash, moi ça ne me dérangerai pas que ce format prenne moins d'importance sur le web.
  • -1 Masquer
    larsirion , 30 avril 2010 09:14
    L'analogie finale est foireuse.
    C'est pas parce qu'Apple n'intégrait plus de lecteur disquette qu'on ne pouvait pas en installer un externe... ;) 
  • 1815 , 30 avril 2010 09:40
    hé! ho! ça va pas la tête?

    dieu ne crucifie pas. il foudroie seulement. :o 
  • cesame , 30 avril 2010 09:43
    Et si Adobe publiait une lettre sur son site en annonçant que comme les Mac ne représentent que 10 % de PDM des PC ils décident d'abandonner les développements sur cette plateforme peu utilisée pour se recentrer sur les 90 % restant ?
    Quelle serait la tête de Steve ?
  • okey-dokey , 30 avril 2010 09:44
    Citation :
    Et si Adobe publiait une lettre sur son site en annonçant que comme les Mac ne représentent que 10 % de PDM des PC ils décident d'abandonner les développements sur cette plateforme peu utilisée pour se recentrer sur les 90 % restant ?
    Quelle serait la tête de Steve ?



    un peu comme ça:

    http://blogs.adobe.com/conversations/2010/04/moving_forward.html

    Citation :
    we have already decided to shift our focus away
    from Apple devices for both Flash Player and AIR
  • freeboxer , 30 avril 2010 10:00
    Y a une chose qui m'échappe : on parle d'ici de Flash comme d'un lecteur vidéo mais ce n'est pas que ça ! Que HTML 5 gère mieux les vidéos que FLASH ok pas de pb c'est vérifié, on peut donc s'en passer, mais les sites en flash ? Quelle autre techno (a part silverlight no comment) peut faire ca ?
  • magellan , 30 avril 2010 10:29
    Citation :
    Y a une chose qui m'échappe : on parle d'ici de Flash comme d'un lecteur vidéo mais ce n'est pas que ça ! Que HTML 5 gère mieux les vidéos que FLASH ok pas de pb c'est vérifié, on peut donc s'en passer, mais les sites en flash ? Quelle autre techno (a part silverlight no comment) peut faire ca ?

    Ben... tout ce qui peut entrer entre les balises embed du HTML, donc par exemple du java.

    Sinon, son analyse n'est pas irréaliste, bien que je le trouve un rien psychorigide sur ce qu'est le flash.

    Alors
    OUI
    - Le flash est loin d'être aussi excellent que veut nous le faire croire Adobe.
    - Le flash est maintenant concurrencé par des alternatives viables comme le HTML5
    - Le flash a des failles de sécurité
    - Le flash est pour le moment mal accéléré par le hardware

    mais...

    NON
    - Flash n'est pas mort, parce qu'il est un acteur très important dans le multimédia sur le web.
    - Le HTML5 n'est pas encore en passe de dominer sous un délai raisonnable (entendre par là moins de deux ans), parce qu'il y a encore du boulot pour sa normalisation, son intégration dans les navigateurs, et surtout la mise à jour des services pour s'en servir
    - Ce n'est pas en passant au HTML5 qu'on résoudra tout. Tout dépend surtout de l'efficacité des développeurs web, et leur détermination à s'affranchir du modèle Adobe... donc, potentiellement, le temps qu'il faudra aux acteurs du marché pour se mettre à faire leurs produits en HTML5 en lieu et place du flash.

    Quoi qu'il en soit, j'ai déjà dit une chose sur l'aspect HTML5: je trouve que Apple (S.Jobs en tête) a raison de promouvoir le HTML5, ceci surtout parce que cela permet de se débarrasser du coût engendré par les licences Adobe. Je pense également que c'est une bonne stratégie pouvant inciter des développeurs indépendants à se mettre au format ouvert, ceci réduisant, pour eux aussi, la facture technologique. En revanche, je suis aussi assez perplexe sur le devenir du HTML5, parce que je crains qu'il ne devienne, lui aussi, une sorte de fourre-tout technique, engendrant les mêmes travers que pour le flash (lourdeur, développements rapides mais crades...)

    Ceci dit: l'avenir de flash passera, à mon sens, par une optimisation drastique de sa consommation en ressource, ainsi que l'usage intensif des ressources disponibles sur les machines clients. Or, la multiplication des supports (allant depuis les machines de bureau PC/Mac, jusqu'aux mobiles sous x OS différents) rend la chose des plus difficiles pour Adobe. Il faut en effet financer le développement des composants pour chaque OS, chaque navigateur... A contrario, le HTML5, lui, étant à implémenter dans les différents navigateurs, ce sera une démarche que chaque fournisseur de navigateur devra faire dans son coin, avec les travers d'interprétation foireuse auxquelles on peut s'attendre (on n'est déjà pas foutus d'avoir une uniformisation des comportements navigateurs sur les anciennes versions de HTML... alors ajouter une "nouvelle" norme encore plus riche... :/  )
  • okey-dokey , 30 avril 2010 10:30
    HTML5 permet de faire un peu plus que de la diffusion de videos ;) 

    Dans l'article il y a l'exemple de Quake2 qui tourne via du HTML5... Donc niveau possibilités y'a de quoi faire sortie du Flash ;) 
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