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APU AMD A8-3500M : le dossier Llano

APU AMD A8-3500M : le dossier Llano
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Peu de temps après le début du nouveau millénaire, AMD a fait un énorme pari. Un pari nommé K8, mieux connu sous sa dénomination commerciale, à savoir Athlon 64, qui consistait à abandonner la course aux mégahertz pour se concentrer sur l’exécution d’un plus grand nombre d’opérations par cycle et sur l’introduction d’extensions 64 bits natives, et ce, alors qu’Intel misait tout sur la supériorité de son process de fabrication et de ses usines, tentant de pousser aussi loin que possible l’architecture NetBurst. À l’époque, on attendait à voir un jour les Pentium 4 atteindre les 10 GHz.

Évidemment, tout ne s’est pas passé comme prévu pour Intel : les lois de la physique étant ce qu’elles sont, l’augmentation quasi exponentielle de la consommation des Pentium 4 a fini par limiter leurs fréquences aux alentours des 4 GHz. Il est rapidement devenu inutile d’y regarder à deux fois si vous vouliez vous offrir le nec plus ultra en matière de processeur : les utilisateurs avisés ont commencé à se diriger vers les Athlon 64, à la fois moins chers et plus performants que les Pentium 4. Il a fallu un moment pour que le marché accepte la nouvelle réalité, mais pendant un moment, David/AMD s’est mis à battre Goliath/Intel.

Goliath, cependant, n’a pas abandonné ; il s’est réveillé. Après quelques atermoiements, Intel a fini par abandonner l’architecture NetBurst, vouée à l’échec, et est reparti de zéro avec l’architecture Core, dont la commercialisation a commencé en 2006. Encore que « repartir de zéro » ne soit probablement pas l’expression la plus adaptée : après tout, les bases de l’architecture Core avaient déjà été posées dans le segment des processeurs pour portables avec les Pentium M. Rien d’étonnant donc à ce que les premiers processeurs Intel Core aient été meilleurs, plus rapides et moins gourmands que tout ce qui les avaient précédé. Quelques années et plusieurs évolutions architecturales plus tard, nous nous retrouvons en 2011 avec les Sandy Bridge, des processeurs pour ordinateurs de bureau gravés en 32 nm dont les performances ne sont plus à démontrer et commercialisés sous les noms de Core i3, i5 et i7.

Pendant qu’Intel se renouvelait, AMD a laissé son avantage filer petit à petit puis disparaître totalement. C’est sans doute triste à dire mais aujourd’hui, le plus rapide des AMD Phenom II affiche des performances qui font plus penser à celles d’un Core 2 Quad qu’à celles d’un Core i7 moderne. Pire, l’Intel Core i3-2100, un dual-core d’entrée de gamme gravé en 32 nm et vendu une centaine d’euros, fait jeu égal dans de nombreux benchmarks avec l’AMD Phenom II X4 955, un quad-core gravé en 45 nm et dont le prix tourne généralement plus aux alentours des 130 €. Dans le segment des processeurs de bureau, AMD a plus d’une génération de retard en matière de performances et continue à exploiter un architecture lancée il y a plus de deux ans, la Stars. Certes, la firme de Sunnyvale nous sort tous les deux ou trois mois des modèles affichant quelques centaines de mégahertz supplémentaires et parvient ainsi à conserver un certain élan, mais lorsque votre principal rival lance nouvelle architecture sur nouvelle architecture, il devient rapidement illusoire d’espérer lui faire concurrence sur le long terme à l’aide de cette stratégie. Très franchement, à l’heure actuelle, il est difficile de recommander la plateforme AM3 comme base pour un nouveau PC.

Se rendant peut-être compte qu’elle ne disposait pas des mêmes ressources qu’Intel en matière de R&D, AMD a alors fait un autre pari risqué en 2006 : elle a racheté ATI, le fabricant des célèbres cartes graphiques Radeon puis, peu après l’opération, a annoncé son initiative Fusion, une puce devant combiner CPU et GPU sur le même die. Cela aura pris cinq ans, mais les premiers processeurs Fusion ont été commercialisés cette année, sur la plateforme Brazos ; les séries E et C se sont d’ores et déjà montrées tout à fait viables dans les segments portables et netbooks, à tel point qu’AMD affirme avoir été en rupture de stock pour le 1er trimestre 2011. De fait, sur le plan des performances graphiques, aucune machine à base d’Intel Atom ne peut se mesurer aux Brazos, qui se paient même le luxe de faire mieux que les Atom sur plateforme Nvidia Ion 2.

Mais si les netbooks et autres appareils de faible puissance représentent des cibles de choix pour les processeurs Fusion, l’histoire est toute autre dans les segments des ordinateurs portables et de bureau, où la concurrence est nettement plus féroce. Tous les Core i3/i5/i7 basés sur l’architecture Sandy Bridge contiennent un circuit graphique Intel HD Graphics, qui se débrouille plutôt bien quand il s’agit d’effectuer des tâches de bureautique sous Windows, de lire des vidéos et même de jouer à des titres pas trop exigeants. Si les Fusion veulent faire leurs preuves, ils vont devoir offrir quelque chose de spécial : des performances graphiques dignes d’une carte dédiée et des performances processeur à même de se mesurer à la concurrence.

Aujourd’hui, nous goûtons pour la première fois aux APU Llano, qui visent le marché des portables et des ordinateurs de bureau. C’est donc aujourd’hui que nous allons voir si ADM a réussi son pari. Non que l’entreprise ait réellement le choix : elle doit réussir, car les actuels Phenom II et Athlon II n’ont pas grand-chose à offrir par rapport à la concurrence au-delà de 100 €. Certes, on peut effectivement toujours trouver un usage aux Phenom II X6, que l’on trouve généralement à 160 € et plus, dans les applications fortement multithreadées, mais de manière générale, les processeurs Sandy Bridge se montrent nettement plus efficaces, que ce soit en termes de performances, de consommation ou de rapport qualité/prix.  

Les portables d’abord

Pour attirer les clients, AMD doit se différencier d’Intel, et il est possible que le projet Fusion lui permette d’y parvenir dans le segment des ordinateurs portables. La firme indique en effet qu’à prix égal, les Llano offrent une meilleure autonomie et de meilleures performances graphiques que les plateformes à base de Sandy Bridge ; ajoutez à cela les capacités OpenCL de la puce Radeon intégrée et vous vous retrouvez effectivement avec une offre alléchante. AMD est très sérieux vis-à-vis de l’avenir du Fusion : plus de la moitié de ses processeurs pour portables sont d’ores et déjà des APU et ce chiffre devrait grimper à plus de 90 % d’ici un an (ce qui, en réalité, n’est guère surprenant quand on connaît la faible présence d’AMD sur le marché des portables à l’heure actuelle).

Selon toute vraisemblance, l’initiative Fusion devrait avoir un peu plus de difficultés à s’imposer sur le marché des ordinateurs de bureau, où il est en général très aisé d’ajouter une carte graphique séparée, ce qui limite en théorie l’intérêt des APU. Mais AMD a aussi un avantage à proposer dans ce segment : la capacité du moteur graphique des processeurs Llano à travailler en tandem avec la carte graphique en mode Dual Graphics, une sorte de CrossFire asymétrique et flexible grâce auquel les ressources graphiques de l’APU coopèrent avec une Radeon HD 5000 ou 6000 afin d’accroître le framerate.

Et bien entendu, il ne faut pas oublier la nouvelle microarchitecture d’AMD : Bulldozer. La relève de l’architecture Stars, qui devrait arriver au troisième trimestre de cette année, soit dans les trois mois à venir, représente la première refonte fondamentale des processeurs AMD depuis l’Athlon 64. Les jours du Llano, à peine sorti, sont donc déjà comptés, son successeur (dont le nom de code est Trinity) devant bénéficier d’un bloc CPU entièrement revu et plus performant.

Mais évitons de nous précipiter : les premiers processeurs Trinity ne seront pas commercialisés avant 2012, à supposer qu’ils n’arrivent pas en retard. Mieux vaut nous concentrer sur l’immédiat.

Quels sont les attributs les plus sexy du Llano ? Environ la moitié de son die est consacré à un processeur Phenom II X4 sans cache L3 mais avec deux fois plus de cache L2 (4 Mo au lieu de 2). L’autre moitié est occupée par un moteur graphique très proche d’une Radeon HD 5570, composé d’un maximum de 400 cores Radeon (anciennement dénommés « cores Stream », mais il semblerait que ce nom soit déjà passé de mode) et d’un bloc vidéo UVD3 mis à jour. L’ensemble tient sur une seule et unique puce gravée en 32 nm.

Voilà pour l’essentiel. Bien entendu, il s’agit là d’une explication extrêmement sommaire, que nous allons développer plus en détails au cours de cet article, mais si vous savez ce qu’un Phenom II X4 et un Radeon HD 5570 sont capables de faire ensemble, vous pouvez vous faire dès maintenant une petite idée des performances potentielles de l'ensemble.