Ondes électromagnétiques : à quoi sommes nous vraiment exposés ?

Faut-il se méfier des antennes-relais ?

Nous venons de voir qu'habiter à la campagne n'est pas une garantie pour diminuer le niveau d'émissions électromagnétiques reçues. A dire vrai, cela peut même être néfaste.

Les réseaux cellulaires tirent leur nom du fait qu’ils sont formés de cellules, des zones où le réseau est créé par une antenne relais. Comme nous l’a expliqué Jean-Luc Vuillemin, directeur de la production réseau chez Orange, chaque cellule a une taille donnée, fixée lors de l’installation de l’antenne selon plusieurs paramètres. L’un de ces paramètres est le nombre de clients à servir. Chaque antenne possède en effet une capacité identique et limitée. En zone urbaine, ce nombre maximum de clients sera atteint rapidement à cause de la forte densité de population ; la taille de la cellule sera donc assez restreinte (typiquement 350 à 400 m de rayon à Paris chez Orange). En zone rurale, la taille d'une cellule pourra être nettement plus large (la norme GSM fixant une limite de 35 km de rayon pour les cellules GSM 900). Or plus la cellule est grande, plus la puissance émise par l’antenne pour la couvrir est importante. A une distance identique d’une antenne relais, deux habitations ne recevront pas la même « dose » d’ondes selon qu’elles sont situées dans une grande cellule à la campagne ou dans une petite cellule à la ville.

On peut donc vouloir s’éloigner au maximum des antennes relais. Ce n’est pas forcément une bonne idée. En effet, un téléphone mobile module la puissance du signal qu'il émet en fonction de la qualité du signal qu'il reçoit afin de maintenir l'intégrité de la connexion. Moins le réseau est fort, plus le téléphone émet : il crée alors à proximité immédiate de l’utilisateur un champ beaucoup plus intense que l’antenne relais. Ce phénomène est très bien illustré par nos mesures.

Dans notre lieu de test rural, les réseaux cellulaires ne sont quasiment pas reçus : nous n'avons rien relevé sur les bandes GSM 1800 ou UMTS et le GSM 900 oscillait entre 0 et 0,03 V/m. Pourtant, une fois les téléphones allumés, nous avons relevé de très fortes intensités en GSM 900, de l’ordre de 2,9 V/m. Cette valeur étaient obtenue à environ 2 m des téléphones. Selon le Criirem, on peut mesurer jusqu’à 50 V/m si l’on se place à seulement 2 cm d’un téléphone. L’exposition résultante pour les habitants de ce foyer rural était alors significativement plus élevée que dans notre point de mesure urbain où les réseaux sont toujours captés (bien qu'à des intensités faibles). Là, l'allumage des téléphones a eu une faible influence : l'UMTS est monté de 0,04 V/m à 0,1 V/m et le GSM 1800 de 0,05 V/m à 0,08 V/m. S’éloigner au maximum des antennes relais n’a donc de sens que si on se passe complètement de téléphone portable.