Résultats d'Apple en hausse, les magouilles de Wall Street aussi

La magie des marchés boursiersLa magie des marchés boursiersApple a publié hier le plus haut chiffre d’affaires trimestriel de son histoire à 54,5 milliards de dollars (40 milliards d’euros) pour le quatrième trimestre 2012, soit une hausse de 18 % par rapport à la même période en 2011. Comment expliquer la grogne des analystes et la baisse de 10 % de l’action qui a suivie ces résultats ? C’est ce que nous allons tenter de faire maintenant.

Le manque de perspective des « analystes »

Malgré ces excellents résultats, Apple n'a pas atteint les prévisions des analystes. Nous ne reviendrons pas sur le manque de pertinence de ces projections parfois farfelues. Arrêtons-nous juste sur les trois grandes objections formulées : les marges en baisse, les bénéfices qui stagnent et la chute des Mac.

Les marges brutes ont baissé pour atteindre 38,6 %. C’était attendu, car la fabrication de nouveaux produits grignote les marges. Néanmoins, la dernière fois qu’Apple avait une marge de 38,5 % c’était en janvier 2011. Il avait sorti l‘iPhone 4 en juin 2010 et le premier iPad entre avril et septembre 2010. Comparativement, Apple a sorti l’iPhone 5, l’iPad 4, l’iPad mini, un processeur A6 personnalisé et les nouveaux Mac au même moment entre septembre et décembre 2012. Le fait que les marges soient au même niveau que janvier 2011 avec un catalogue de lancement beaucoup plus audacieux et des délais bien plus restreints est une marque de succès.

Les bénéfices étaient de 13,1 milliards de dollars l’an dernier et ils sont de 13,1 milliards de dollars aujourd’hui. Néanmoins, le quatrième trimestre 2011 tel qu’il était compté par Apple contenait 14 semaines, alors que le dernier trimestre 2012 en comptait 13. De plus, le gain de popularité des produits moins chers et la crise économique n’ont pas provoqué une baisse de ses bénéfices, comme ce fut le cas ailleurs (cf. « Les résultats d’Intel : un mauvais trimestre et une année difficile »). Enfin, les Mac ont chuté, mais leur prix de vente a grimpé grâce peut-être à une popularité des modèles Retina, mais surtout à la hausse générale des tarifs décidée par Apple. Les Mac semblent avoir été remplacés par les iPad, ce qui tempère les effets de cette baisse. Apple a écoulé 22,9 millions d’iPad durant le quatrième trimestre 2012 (+48 %).

Ce qui nous amène à la stratégie iOS de l’entreprise. Tim Cook a vendu 47,8 millions d’iPhone durant le trimestre (+30 %). Remettons les choses en perspective : il a fallu trois ans à Samsung pour vendre 100 millions de smartphones Galaxy.

Les magouilles de Wall Street

Les fondamentaux d’Apple sont très forts. Il récolte presque 80 % des bénéfices sur le marché des smartphones tout en dépensant 10 fois moins que Samsung en marketing et promotions. On estime qu’un développeur iOS amasse en moyenne quatre fois plus d’argent que son alter ego Android. Pourquoi l’action a-t-elle baissé ? Parce que Wall Street s’apprête, selon nous, à refaire le coup du rodéo de 2012.

En janvier 2012, immédiatement après l’annonce des résultats financiers d’Apple, l’action a baissé pour ensuite grimper de façon phénoménale et atteindre son apogée à l’été 2012. Lorsque l’action a atteint des niveaux records, les instituts financiers ont vendu des options en pariant que l’action allait baisser a moins de 500 $ d'ici janvier 2013. Une suite de rumeurs absurdes et prévisions ahurissantes ont fait plonger le titre. Maintenant qu’ils ont récolté l’argent de leurs paris, ces instituts sont prêts à refaire le même coup que l’an dernier. Apple est une des entreprises du NASDAQ les plus sûres. Elle est américaine et donc moins sujette à des conflits culturels, son exécutif est stable et elle est la seule de l’indice à faire autant d’argent sur le secteur mobile (Samsung est coté sur le marché coréen). Bref, c’est un bœuf solide sous-évalué sur lequel les traders peuvent faire leur rodéo sans craindre une calamité inattendue.