Ultrabook : trois ans d'évolution pour quoi ?

Cela fait maintenant trois ans que nous testons des Ultrabook, selon un protocole constant. Nous avons donc une opportunité rare de pouvoir mesurer l’évolution des cette catégorie de machines. En établissant notre comparatif de 29 Ultrabook, nous avons vu passer trois générations de processeurs, une généralisation des SSD, des écrans à la définition toujours plus élevée. Au final, un Ultrabook de 2015 est-il vraiment si différent d’un Ultrabook de 2012 ?

La puissance de calcul

Les premiers Ultrabook que nous avons testés, en octobre 2012 étaient basés sur une plateforme Intel Ivy Bridge. Ces processeurs, plus connus sous leur nom commercial Core ix 3xxx, étaient gravés en 22 nm et possédait un TDP de 17 W.

Un an plus tard, une nouvelle génération apparaissait, animée par des processeurs Haswell, toujours en 22 nm mais qui offraient un TDP réduit à 15 W. Enfin, cette année nous avons pu découvrir les premiers Ultrabook sur plateforme Broadwell. Grâce à une gravure encore plus fine, ils intègrent un processeur graphique encore plus performant, mais du côté CPU, la donne est très proche. Le TDP, lui aussi n’a pas changé.

La génération Broadwell a tout de même apporté une grosse nouveauté : les Core M. Sous cette appellation, Intel vend des processeurs fonctionnellement identiques aux autres Core i, mais prévus pour consommer moins de 5 W.

Comment toutes ces évolutions se traduisent-elles en pratique ? Voyez plutôt : le graphique ci-dessous est construit à partir de la vitesse d’encodage d’un même fichier Full HD en h.264 via x.264 (encodage qui reste donc entièrement logiciel et non influencé par les fonctions QuickSync).


Un constat s’impose : la progression des performances, bien que réelle, est très mesurée. Entre le meilleur Ultrabook de 2012 et le meilleur de 2015, la vitesse d’encodage n’a progressé que de 6 %

On est loin, très loin des gains vus sur les puces mobiles (les CPU Apple par exemple réalisent des progrès de presque 100 % par an). On est aussi assez loin des gains revendiqués par Intel entre chaque génération de CPU. Mais notre test représente le pire scénario : il stresse le CPU pendant de longues minutes, ce qui empêche le processeur de fonctionner à ses fréquences Turbo. Or Intel mise de plus en plus sur ce Turbo pour préserver des performances instantanées tout en diminuant le TDP maximum. 

Vous aurez sans aucun doute remarqué autre chose sur ce graphique : le gouffre vers la droite. Il est le fait du MacBook d’Apple, qui est équipé d’un Core M. Sous une charge soutenue comme celle de notre test, le Core M doit réduire drastiquement sa fréquence, pour tenir son TDP de 5 W. Ainsi, il ne tourne plus qu’à 1,2 GHz quand ses congénères peuvent rester à plus de 2 GHz.

Une autre manière de regarder nos résultats est de regrouper les Ultrabook par génération de processeurs. La tendance constatée ci-dessus est encore plus claire. Deux générations plus tard, Broadwell n’est que 5 ou 6 % plus rapide qu’Ivy Bridge. Faisons-nous plus précis : entre le Core i7 3517U et le Core i7 5500U, il n’y a que 6 % d’écart lors d’un encodage vidéo. Ces CPU, il faut le dire, ont beaucoup en commun : ils sont tous deux double-coeur, tous deux capables d’Hyperthreading et tous deux plafonnent à 3 GHz en mode Turbo.

Les performances du stockage

Les Ultrabook furent parmi les premiers à remplacer massivement les disques durs par des SSD. Moins consommateurs d’énergie, plus fins, ils étaient en effet idéaux pour des machines visant la compacité et la facilité de transport. En trois ans, les SSD ont beaucoup évolué : leur capacité maximale a doublé, le vieux bus SATA est poussé vers la sortie par le PCI-Express, sans parler de l’arrivée des mémoires Flash TLC et 3D. Quel est l’impact de ces innovations ?


Lorsqu’on s’intéresse aux meilleurs Ultrabook dans ce test, on constate tout de suite que la progression est limitée en trois ans : la note maximale est passée de 97/100 en 2012 à 98/100 en 2015 avec une pointe à 100/100 en 2013. Mais si on regarde en détail les résultats, on remarque que les deux meilleurs scores sont obtenus par des SSD PCI-Express d'Apple. Le troisième meilleur score est décroché par Acer, qui équipe ses Ultrabook de SSD en RAID0. La plupart des machines restent cependant dotés de SSD SATA et demeurent une bonne longueur en arrière. Le récent HP Spectre X360 par exemple, n'obtient que 54/100 à notre test.

À l’autre bout du spectre, certains Ultrabook sont encore livrés avec des disques durs. De ce côté, il n’y a strictement pas d’amélioration : un disque dur de 2015 est aussi lent qu’un de 2012 et au moins deux fois plus lent qu'un SSD. La mémoire Flash a remporté la bataille et rien ne permet de croire que les disques durs pourront revenir un jour dans la course.

L’autonomie

Avec les performances, l’autonomie est l’une des plus importantes caractéristiques d’un PC portable. Intel ne manque d’ailleurs jamais une occasion d’insister sur les améliorations de chaque génération de processeurs visant à augmenter l’autonomie. Malheureusement, notre test n’est pas aussi positif qu’espéré.


Pour tout dire, s’il n’y avait pas le MacBook Air 13" d’Apple pour faire remonter la courbe, la tendance serait uniformément baissière. Le MacBook n’est pas tout à fait comparable puisque, même s’il partage les composants des autres Ultrabook, il fonctionne sous OS X au lieu de Windows. Notre test est identique, toutefois, ce qui montre à quel point OS X sait profiter de la fameuse « intégration du logiciel et du matériel » vantée par Apple pour optimiser l’autonomie.

MacBook mis à part, on ne peut qu’être surpris de la diminution constatée. Plutôt que de chercher à augmenter l’autonomie à tout prix ce qui semblait être le cas en 2012, les constructeurs semblent avoir identifié le seuil des 5 h comme une autonomie suffisante et conçoivent leurs Ultrabook en fonction. Ils peuvent alors réduire l’encombrement, le poids ou augmenter l’équipement en fonction. Une autre explication peut être une hausse de la consommation moyenne des écrans, consécutive à la hausse de leur résolution.

Qualité de l’écran

Lorsque nous avons commencé ce comparatif, en 2012, trouver un écran bien calibré, contrasté et offrant de larges angles de vision était encore rare. Notre score de qualité prend en compte la résolution, la colorimétrie, le contraste, la luminosité, et le type de dalle utilisé. Pour les premiers Ultrabook testés en octobre 2012, il atteignait en moyenne 39/100. Deux ans et demi plus tard, la moyenne est montée à 72.


Les constructeurs ont consenti de gros efforts pour équiper leurs machines d’écrans à dalles de type IPS au lieu de TN, notamment et pour soigner l’étalonnage colorimétrique. Il faut sans doute y voir l’influence positive des tablettes et smartphones, mais il est devenu difficile aujourd'hui d'acheter un Ultrabook à écran TN (le dernier que nous ayons testé remonte à mi 2014).

Ce n'est pas tout. Les meilleurs Ultrabook battent des records de résolution. Quand nous avons commencé notre comparatif, les écrans ne dépassaient pas la Full HD, mais aujourd'hui, le WQHD est courant et les meilleurs montent au-delà. Prenons le Dell XPS 13 comme exemple. Sa dalle affiche une résolution de 276 points par pouce, en plus de bénéficier d'une colorimétrie presque parfaite. La seule ombre à ce joli tableau est qu'un si grand nombre de pixels fait peser un gros poids sur la batterie : la généralisation de tels écrans pourrait expliquer la stagnation que nous avons constaté sur l'autonomie.

Tout le reste

Au final, un Ultrabook de 2015 est-il vraiment si différent d’un Ultrabook de 2012 ? La réponse à notre question initiale dépendra vraiment de vos priorités. Si vous recherchez plus de puissance de calcul ou une plus grande autonomie, alors non, les trois ans passés ne vous apporteront rien ou presque. Votre machine de 2012 sera tout aussi capable qu'une toute neuve et pourrait même se montrer plus endurante. Sauf si vous aviez eu la malchance de tomber sur Ultrabook à écran TN et disque dur, vous n'avez à notre avis aucune raison de mettre à jour.

Est-ce à dire pour autant que rien ne s'est passé ces dernières années ? Non bien sûr. Certains éléments n'apparaissent pas dans nos graphiques comme la présence de ports USB 3.0, le remplacement du WiFi n par du WiFi ac ou encore les capacités de décodage vidéo, bien utiles pour regarder les premiers et futurs films en 4K. Autant de "détails" qui peuvent être essentiels pour certains utilisateurs et qui justifieraient alors à eux seuls l'investissement. Si c'est le cas, permettez-nous un dernier conseil : attendez quelques semaines, les Ultrabook en génération Skylake ne vont plus tarder !

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2 commentaires
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  • Akira78
    J'aime bien l'analyse, mais je ne comprends absolument pas les graph :
    - A quoi correspondent les couleurs? On pourrait penser qu'il s'agit d'un ordi différent mais à chaque fois il y a deux cercle sur une même ligne
    - quels sont les unités ?
    - sur le 1er graph, si l'unité est une mesure de temps, normalement une valeur plus faible devrait être meilleur, or l'article dit que le Core M est limité par sont TDP et sa fréquence.
    - Comment un ordi sorti en 2015 peut avoir une mesure en 2012 ?
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  • matthieu lamelot
    Merci pour le commentaire et mes excuses pour ne pas avoir été assez clair. J'ai ajouté une explication à propos des graphiques.
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