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3G et 4G : comment nous allons payer plus pour le même service

Continuons sur notre lancée avec les informations que nous avons obtenues chez Amdocs, spécialiste de la facturation des services aux opérateurs de téléphonie mobile. Aujourd’hui, parlons d’une technologie intéressante sur le fond, mais qui pose des problèmes au niveau de la vie privée et de la façon dont elle sera mise en place.

Du DPI qui ne se nomme pas

Image 1 : 3G et 4G : comment nous allons payer plus pour le même serviceNous l’avons déjà expliqué, de l’aveu même des opérateurs l’illimité est mort. L’idée, développée dans une actualité dédiée, est de limiter les offres au niveau de la vitesse ou au niveau de la quantité de données transférées. Un problème se pose rapidement : si la connexion ne dépasse pas 384 kilobits/s (par exemple), comment regarder une vidéo de façon confortable ? Nous avons eu une réponse à cette question chez Amdocs : les opérateurs vont mettre en place du DPI (Deep Packet Inspection), même si ce n’est pas dit aussi directement.

Le DPI est la némésis des adeptes de la neutralité du net, pour une bonne raison : cette technique vise à déterminer ce que contient un « packet » en l’analysant en profondeur, ce qui permet de déterminer le type de données transmises. Vu sous cet angle, le DPI est une idée intéressante. Dans la pratique, le DPI sert à analyser les flux de données et à adapter la bande passante allouée en fonction du contenu. Typiquement, le DPI permet de bloquer la VoIP sur un réseau mobile et ralentir artificiellement les échanges sur certains services. De plus, les technologies de DPI sont aussi très efficaces pour analyser des communications, ce qui n’est évidemment pas du goût des personnes adeptes de la protection de la vie privée.

Payer pour de la vidéo

L’exemple que nous avons eu est intéressant : elle montrait une personne en train de regarder une vidéo sur une tablette, via une connexion 3G. Le chargement était très lent, la vidéo saccadée. Typiquement ce que l’on retrouve chez un opérateur qui limite ses offres à la technologie UMTS (384 kilobits/s). Ensuite, un petit bouton apparaît à l’écran : le « turbo ». Il permet d’augmenter la bande passante allouée à un instant t pour améliorer le confort de lecture. Une fois le bouton pressé, la vidéo charge rapidement et la qualité augmente.

Bien évidemment, ce n’est pas gratuit : l’accès à une partie plus rapide du réseau a un coût. Soit la personne paye à l’acte — par exemple 1 $ pour une heure de vidéo — soit tout simplement à la journée. À la question « pourquoi payer plus alors que les services actuels permettent déjà de regarder de la vidéo ? », la réponse a été simple : « les utilisateurs payent pour des applications sans intérêts, ils payeront pour regarder une vidéo de façon confortable ». De plus, le « turbo » reste une option, c’est-à-dire que s’il permet d’améliorer le confort, le service doit rester accessible sans souscrire l’option, du moins en théorie.

Dans l’absolu, l’idée est intéressante. Dans la pratique, il y a quelques écueils. Première chose, il est nécessaire d’installer des systèmes de DPI pour identifier de façon fiable que l’utilisateur regarde une vidéo. Deuxième chose, la tentation sera grande pour les opérateurs de détecter qu’un utilisateur regarde une vidéo et de brider directement son débit à des valeurs très faibles pour « l’obliger » à payer ? Troisièmement, considérer que les utilisateurs peuvent continuer à payer est un leurre : on le voit bien avec les tablettes liées à un abonnement, les ventes se concentrent principalement sur les modèles vendus sans connectivité 3G.

Cette monétisation de la bande passante est l’exemple typique d’une fausse bonne idée : un concept intéressant, mais qui dans la pratique va servir uniquement ceux qui gagnent de l’argent. La détection de la lecture d’une vidéo (ou n’importe quel autre contenu) est un outil à double tranchant : si on peut détecter que l’utilisateur a besoin de bande passante, on peut aussi le priver de cette dernière pour qu’il en ait artificiellement besoin.

Un accès 4G à la demande

Terminons par un point qui par contre est plutôt intéressant : un accès 4G à la demande. Le concept est ici plus simple que la détection des flux, et est plutôt lié aux entreprises qui ont beaucoup de travailleurs itinérants. L’idée serait de proposer un accès de base permanent — en 3G ou bien en 4G avec une limitation au niveau des débits — et de permettre à l’entreprise de « débrider » la connexion à la demande. Pour les solutions comme les netbooks Google Chrome, ce serait intéressant : quand l’utilisateur est dans les bureaux de l’entreprise, il utilise le Wi-Fi et la connexion aux réseaux mobiles est très peu utilisée et le passage en 4G ne se ferrait que si la personne est en déplacement. Si les opérateurs jouent le jeu, ce type d’offres devrait permettre de diminuer la charge sur les réseaux mobiles tout en contentant les utilisateurs. Reste que ce type d’offres devrait se limiter au monde professionnel, où elles pourraient avoir un certain succès.

Espérons — pour le bien des utilisateurs — que les technologies de DPI ne soient jamais mises en oeuvre sur les réseaux mobiles, même si la tentation est grande pour les opérateurs. Demain, nous parlerons d’un sujet lié : pourquoi Google, Facebook ou Netflix ne sont pas (encore ?) prêts à payer les opérateurs.