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3G et 4G : les applications remplaceront le web

Cette semaine, nous étions chez Amdocs, spécialiste de la facturation des services aux opérateurs de téléphonie mobile, et nous avons pu obtenir des informations sur le futur de la téléphonie mobile et ses évolutions probables. Commençons par une évolution intéressante : le passage du modèle « web » à un modèle « applications et services ».

Actuellement, la majorité des services utilisent la connexion Internet de votre smartphone directement et ne fonctionnent pas si votre forfait ne comprend pas d’accès, ils sont dépendants de la qualité du réseau. C’est un problème dans le sens où les offres ne sont pas réellement illimitées : les usages sont illimités, mais les débits sont limités dès qu’une quantité de données fixées au départ est dépassée. Cette limite, appelée « caps » aux États-Unis, est gênante dans certains usages, comme le streaming de musique. 

Dans le futur, ce système simple mais pas réellement efficace devrait évoluer. Trois cas devraient se présenter, donc certains sont déjà déployés.

Les services par l’opérateur même

Image 1 : 3G et 4G : les applications remplaceront le webLe premier cas, c’est quand les services sont détenus par l’opérateur lui-même. Prenons l’exemple de Deezer avec Orange en France : le service de streaming en ligne est proposé à un prix plus faible aux utilisateurs d’Orange et — point intéressant — le trafic lié au service n’est pas comptabilisé par l’opérateur. Concrètement, même si le caps est atteint, Deezer continue à fonctionner normalement, ce qui n’est par exemple pas le cas de Spotify. Pour Orange, l’intérêt est évident : c’est un très bon argument marketing et le coût reste contrôlé, même s’il est présent, ce qui explique les 5 € par mois demandés.

Un contrôle total des coûts

Le second cas, c’est quand les coûts sont totalement maîtrisés par l’application ou le service, comme avec le Kindle d’Amazon. Le livre électronique de la firme américaine est en effet livré avec une puce 3G dans certaines de ses versions, et elle permet de télécharger des livres directement en 3G. Point intéressant, la carte 3G n’est pas facturée au client, c’est Amazon qui prend en charge les transferts de données, car la société a un contrôle total sur les coûts : la seule chose (ou presque) qu’il est possible de faire est d’acheter un livre. Dans la pratique, les livres intègrent donc le coût de la transmission, qui est ensuite reversé aux opérateurs par Amazon et la transaction est transparente pour l’utilisateur. Dans les faits, il y a un défaut à ce type de facturation : il faut totalement contrôler les coûts, ce qui limite les possibilités.

Le modèle applicatif

La dernière solution, qui n’est pas encore déployée mais devrait à terme devenir intéressante, c’est un partenariat entre les éditeurs d’applications et les opérateurs. L’idée est simple : l’utilisateur paie l’éditeur qui va ensuite s’arranger avec l’opérateur pour obtenir des conditions intéressantes comme une bande passante plus élevée pour certains services ou l’absence de limitations de vitesse pour l’application même si le caps est dépassé. Le problème le plus évident est le contrôle des coûts au niveau de l’éditeur, car certains services demandent évidemment plus de bande passante que d’autres. Malgré tout, le deal est intéressant, car il permet de mieux contrôler les coûts, ce qui reste le fond du problème. Pour un adepte de Twitter ou de la messagerie instantanée, une offre avec un débit faible est suffisante, alors que pour les personnes qui écoutent des radios ou de la musique en ligne, un accès aux réseaux 3G+ est nécessaire. Proposer une offre « web » de base peu onéreuse, avec un accès au réseau EDGE et un caps faible (typiquement 200 Mo), couplée à une offre donnant accès aux réseaux 3G+ ou 4G pour certains usages qui transfèrent beaucoup de données ou qui demandent de la vitesse à un instant t aurait du sens, tant pour les opérateurs que pour les utilisateurs.

Dans la pratique, les offres de ce type sont peu nombreuses, car les opérateurs proposent de « l’illimité », mais l’évolution des réseaux va dans un sens qui va permettre de promouvoir des offres comme celle-là, en mettant en avant les applications. Un exemple simple est une application média : le site Internet d’un journal est souvent assez lourd et les données sont chargées à chaque connexion et à chaque changement de page. Avec une application, il y a moins de données à transférer — on se limite aux nouvelles informations, la structure du site est déjà dans l’appareil — et les transferts peuvent être concentrés, en chargeant directement plusieurs articles. Pour l’opérateur, le bénéfice est évident : il y a moins de données transférées et elles sont transférées en une seule fois. Pour l’utilisateur, il y a aussi des avantages, avec une navigation plus fluide, sans temps d’attente entre les pages et le chargement est globalement plus rapide.

Le problème actuel est plus lié aux habitudes des utilisateurs : les opérateurs ont habitué les clients à des offres « illimitées » alors que les réseaux ne sont pas conçus — et n’ont pas été pensé — pour ce type d’usage. Passer à des offres plus sélectives — et donc de facto limitées — va donc se faire dans la douleur, c’est un fait. Et — nous en reparlerons la semaine prochaine — il ne faut pas se leurrer : c’est un passage quasi obligé pour les opérateurs.