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[Débats et dégâts] Assistons-nous au déclin d’Apple ? (III)

Débats et dégâts est une rubrique qui a pour vocation de présenter succinctement les grands débats qui animent le monde des hautes technologies. Notre but est d’aider le lecteur à se faire son propre avis sur les grandes questions du moment en présentant les divers aspects de la discussion, mais aussi en partageant notre opinion.

Cette semaine, la capitalisation boursière d’Apple est passée en dessous de la barre symbolique des 400 milliards de dollars, ce qui a relancé le débat sur la valeur et le futur de la société. L’action de la firme est-elle surévaluée ou sous-évaluée ? Apple est-il en déclin ou en pleine forme ? Nous avons présenté hier le camp des pessimistes et des optimistes. Nous finissons aujourd’hui par publier notre point de vue de la situation.

Apple c’est aujourd’hui un chiffre d’affaires annuel de 156,5 milliards de dollars (120 milliards d’euros), ce qui est plus que le produit intérieur brut du Koweït. C’est un bénéfice annuel de 41,7 milliards de dollars (32 milliards de dollars), ce qui est approximativement l’équivalent des bénéfices de Google, Intel et Samsung réunis. Apple a une réserve de cash de 137 milliards de dollars (105,4 milliards d’euros), ce qui serait suffisant pour racheter TSMC. Enfin, sur les 5 dernières années, Apple a connu une croissance trimestrielle moyenne de 46,13 %. Comparativement, la moyenne de Google est de « seulement » 25,27 %.

Le manque de raison et de logique de Wall Street

Cette semaine, l’action d’Apple est revenue au même niveau qu’octobre 2011. Pourtant, l’Apple de 2013 n’a pas grand-chose à voir avec l’Apple de 2011. Son chiffre d’affaires a doublé et ses marges sont presque identiques tout en ayant un catalogue de produit nettement plus important aujourd’hui. Il possède aujourd’hui des chaînes entières de production à son nom et a largement optimisé ses opérations. Wall Street est un pari sur l’avenir, mais même les plus pessimistes n’envisagent pas un retour des performances d’Apple à un niveau de 2011 dans un futur proche. Bref, le prix de l’action est complètement déconnecté de la réalité mathématique et financière. De nombreuses théories affirment Wall Street est imprévisible, car les fluctuations sont souvent motivées par des considérations personnelles qui ne sont pas toujours raisonnables. Si les mouvements boursiers étaient fondés sur des analyses solides, les notions de bulles spéculatives et crash seraient des cas d’écoles.

La tendance aujourd’hui est de penser que les résultats d’Apple sont en déclin. Il est vrai que la croissance trimestrielle en 2012 fut moins impressionnante qu’en 2010 et 2011, mais ces années étaient des années d’exception avec l’introduction de l’iPad et la démocratisation du marché des tablettes. Si l’on prend du recul, on se rend compte que la croissance du chiffre d’affaires est revenue à des niveaux avant iPad (+20 % de croissance environ), ce qui est non seulement excellent, mais plus élevé que la grande majorité du reste de l’industrie.

Image 1 : [Débats et dégâts] Assistons-nous au déclin d'Apple ? (III)Courbe de croissance du chiffre d’affaires d’Apple (Ycharts)Bref, on ne peut pas parler de déclin financier pour une société qui est devenue en quelques années et qui reste aujourd’hui une des compagnies les plus rentables au monde. La firme a des fondamentaux solides, comme le montrent les derniers résultats financiers, soi-disant décevants, où Apple a annoncé avoir généré 23 milliards de dollars en cash flow.

Assistons-nous à un déclin technologique ?

Beaucoup parlent de retards technologiques (absence de NFC, pas de smartphone 5″, etc.), mais Apple a toujours eu un retard technologique. Il a fallu huit ans à l’iPod pour finalement offrir un Tuner FM, il a fallu deux ans à l’iPhone pour avoir le copier-coller et le premier modèle n’avait même pas la 3G.

Cela signifie-t-il que les produits de la société sont moins populaires qu’avant ? Les Mac continuent de croître à un niveau au-dessus de la moyenne des livraisons de PC. Sur le marché américain, iOS a gagné des parts de marché à Noël dernier sur Android selon ComScore qui place Apple devant Samsung en termes de vente de smartphones. La croissance de l’iPad dans le monde reste en moyenne supérieure à celle de la concurrence et un récent sondage de Fortune nomme Apple la compagnie la plus admirée au monde pour la cinquième année consécutive. L’iPhone est aussi devenu le premier smartphone au Japon et il reste en deuxième position dans de nombreux autres pays, loin devant les fabricants historiques.

Le succès de la société n’a jamais résidé dans la liste de fonctionnalités qu’elle offrait, mais l’expérience qu’elle promet à l’utilisateur et sur ce point, la popularité des produits et de la société montrent qu’Apple continue de séduire les consommateurs. Il a aussi clairement des atouts, comme son processeur A6 aux performances impressionnantes, une interface simple et des logiciels comme Passbook dont Samsung s’est très largement inspiré.

Apple doit clairement faire face à des défis importants. Samsung est un concurrent redoutable, Google et Android ont atteint un niveau de qualité impressionnant et Cupertino peine à sortir des services web et cloud réellement convaincants. iCloud est un pas dans la bonne direction, mais il n’est pas suffisant pour éclipser Dropbox ou les services de Google. Malgré cela les derniers chiffres montrent que la firme n’a pas encore perdu de son prestige et de sa popularité.

Image 2 : [Débats et dégâts] Assistons-nous au déclin d'Apple ? (III)Ouverture d’un Apple Store en ChineLe déclin n’est pas pour aujourd’hui

Apple fera probablement faillite un jour ou se fera racheter ou devra changer de structure. C’est une réalité inéluctable et ceux qui n’y croient pas sont priés d’aller consoler Kodak. Cette fatalité est néanmoins devenue le nouveau pari pour les analystes qui aiment prédire prématurément la mort des géants. Mais tout comme il faudra plus qu’un Windows Vista ou un Windows RT et une perte de 5 % de parts de marché pour faire plonger Microsoft, la chute d’Apple demandera une baisse importante de ses résultats financiers et de la popularité de ses produits pendant plusieurs années. Or, avec une cote de popularité toujours aussi importante, des résultats financiers meilleurs que ses concurrents, un maintien de sa croissance et de ses parts de marché, le déclin n’a pas encore commencé.