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Du mythe des employés Foxconn torturés

Image 1 : Du mythe des employés Foxconn torturés

This American Life (cette vie américaine, en français), une émission de radio populaire au États-Unis, vient de renier le programme qu’elle a retransmis en partenariat avec Mike Daisey sur les conditions de travail des lignes de production Foxconn fabriquant des produits Apple, après que l’artiste ait avoué avoir menti sur son expérience à l’usine de Shenzhen où il n’a pas rencontré de personnes mutilées ou empoisonnées et une foule de mineur, comme il l’a si souvent répété auparavant. La nouvelle jette un pavé dans la mare des détracteurs et recentre plus clairement le débat autour des conditions de travail chinoises.

Quand la fiction n’est pas la réalité

Depuis 2010, Mike Daisey tient un one-man-show intitulé L’agonie et l’extase de Steve Jobs. Au cours de son monologue, il affirme avoir visité une usine Foxconn et raconte avoir personnellement rencontré des enfants de douze, treize, quatorze et quinze ans sortant des usines, des employés ayant travaillé plus de 30 heures, un homme qui a perdu sa main sur une chaîne de production d’iPod ou un autre tremblant de façon incontrôlable après qu’il ait été empoisonné par les agents chimiques qu’il était forcé d’utiliser. Les agents de surveillance étaient censés être armés et les chambres des dortoirs auraient été sous caméra surveillance.

Nous savons aujourd’hui que tout ceci est faux. Cette fiction s’est effondrée lorsque Rob Schmitz, correspondant en Chine pour la radio Marketplace, a trouvé la traductrice qui a suivi M. Daisey durant son voyage dans l’Empire du Milieu et qu’elle a tout nié en bloc. Elle a aussi apporté des preuves montrant que l’histoire de l’artiste était fabriquée. Selon elle, il n’a pas rencontré de mineurs et les personnes handicapées travaillaient dans d’autres usines. M. Daisey concorde, mais insiste avoir vu une fille de 13 ans avec qui il aurait parlé anglais. Une Chinoise de treize ans cherchant du travail dans une usine, mais parlant un anglais suffisant bon pour tenir une conversation est très hors du commun et la traductrice nie l’histoire complètement. De plus, la pléthore d’enfants est maintenant devenue une fille et il a avoué avoir utilisé des faits divers pris dans des journaux ou rapports publiés Internet, des incidents isolés dans d’autres usines et des rumeurs rapportées par certaines personnes interviewées pour monter son histoire.

Image 2 : Du mythe des employés Foxconn torturés

Le vrai débat n’est pas là où on le croit

Mike Daisey explique aujourd’hui qu’il souhaitait montrer une « pièce théâtrale » et que ce qu’il faisait « n’est pas du journalisme ». Il a aussi avoué avoir menti sur le nom de sa traductrice lorsque les producteurs de The American Life lui ont demandé ses coordonnées, parce qu’il ne voulait pas être découvert.

Le problème est que pendant des années, M. Daisey a présenté les éléments de sa pièce comme des faits en dehors de son théâtre. Nous avons repris deux vidéos publiées sur YouTube montrant deux entretiens où M. Daisey clame qu’il a rencontré ces personnes que nous savons aujourd’hui fictives. Pire encore, son spectacle et ses propos ont inspiré en partie les mouvements de rébellion qui ont eu lieu en début d’année, comme l’article du New York Times et les boycotts qui ont suivi (cf. « Apple commande une enquête sur Foxconn »). Les contestations qui se sont inspirées de son monologue condamnaient principalement Apple, tout comme l’artiste qui dénonçait des conditions de travail qui n’existe pas et qui ne touche pas les employés qui travaillent sur les produits à la pomme.

C’est le crime le plus grave, selon nous. Cette machination a détourné l’attention du vrai problème. Les conditions de travail dans les usines sont dures, mais celles des employés de Foxconn sont nettement au-dessus de la moyenne chinoise. La situation n’est pas parfaite, mais la firme demande à tous ses employés de prouver leur identité et leur âge, les usines sont soumises à des contrôles réguliers et leur présence sur la scène internationale les pousse à corriger rapidement les manquements au droit du travail chinois qui surviennent dans leurs locaux. Le problème n’est pas Foxconn, mais tous les autres petits acteurs dont on n’entend pas parlé, qui fabriquent des produits inconnus et qui maltraitent leurs employés. Des lois chinoises existent, mais ne sont pas toujours appliquées. Il y a un débat, mais il est ailleurs, loin des grandes marques et des clichés. Il y a besoin de réformes et de plus de protections des salariés, pas d’une oeuvre de fiction et de faits divers.

Mike Daisey chez Bill Maher

Mike Daisey chez TechCrunch