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Futur : la course aux transistors en graphène

1 : Introduction 2 : Interview avec Alexandru Delamoreanu 4 : Wafers 5 : Fréquences des transistors 6 : Taille des transistors 7 : Matériaux des transistors 8 : Fabrication des transistors (1ère partie) 9 : Fabrication des transistors (2e partie) 10 : Comportement du graphène 11 : Conclusion

Interview avec Alexandru Delamoreanu (suite)

Image 1 : Futur : la course aux transistors en graphèneOLED flexibleTH : La question qui nous fait tous rêver consiste à savoir quand est-ce que l’on peut espérer la commercialisation en masse d’une puce, aussi simple soit-elle, contenant des transistors en graphène ?

AD : Je pense que la première apparition du graphène sur le marché ne se fera pas dans une puce, mais dans d’autres applications. Son utilisation dans les écrans, téléphones portables, OLED ou écrans tactiles pourrait être une réalité bien avant les puces au graphène. Samsung par exemple investit beaucoup dans ce matériau pour les électrodes transparentes. Il pourrait aussi être utilisé pour faire des écrans flexibles. D’après les dernières études et projections concernant le graphène, les applications énergies (photovoltaïque, écrans ou super-condensateurs) sont celles qui sont le plus proche d’une commercialisation en masse.

Quant à voir une puce au graphène disponible commercialement, je ne pense pas que ce sera avant une quinzaine d’années si les choses vont bien. Tout porte à croire que le graphène va effectivement bouleverser l’industrie étant donné toutes les applications envisageables, mais il ne faut pas oublier que le carbone a déjà connu de tels engouements avec notamment les fullerènes dans les années 80 et les nanotubes de carbones dans les années 90. Pour l’instant, il n’y a pratiquement pas d’applications commerciales utilisant l’un ou l’autre. Le graphène semble être plus prometteur, mais il convient de rester sceptique quant à une possible industrie du graphène dans les années à venir.

TH : On lit beaucoup de papiers en provenance d’entreprises ou universités américaines. La France est-elle absente de ce domaine ou est-ce que ses papiers sont moins médiatisés ?

AD : La France n’est pas absente du domaine, mais effectivement il y a moins de publications, moins de brevets et moins de communications sur le graphène en France qu’aux États-Unis ou en Asie par exemple. Certains groupes industriels comme IBM ou Samsung investissent beaucoup dans des technologies à risque. En France, on est un peu plus frileux et il n’y a pas d’industriels français qui investissent en masse dans le graphène. Par contre côté recherche fondamentale, de très bonnes publications sortent chaque année du CNRS et des laboratoires universitaires. La compréhension fine de la physique de ce matériau est très importante et le graphène est une sorte de matériau théorique sur lequel les chercheurs s’émerveillent de voir par exemple des effets peu probables.

TH : Quels sont les grands centres de recherche en France dans ce domaine et les entreprises développant des transistors en graphène ?

AD : Il n’y a pas d’entreprises en France qui investissent directement dans le graphène. Quelques fois à travers des financements de thèse par exemple, des entreprises touchent du doigt la sphère graphène, mais la recherche se fait essentiellement au niveau académique que ce soit au CNRS ou dans des laboratoires universitaires.

Image 2 : Futur : la course aux transistors en graphèneTH : Quelles sont les forces et les faiblesses de la recherche en France et quelles sont les solutions que vous envisageriez pour améliorer ce qui ne va pas ?

AD : La recherche en France se fait principalement sur des fonds publics. Du travail de qualité est publié dans beaucoup de domaines chaque année, mais comparé à d’autres pays (je pense essentiellement aux États-Unis et à l’Asie) la recherche française n’apparait pas comme dynamique et réactive. Dans des domaines tels que le graphène, la recherche va très vite et on peut se faire distancer en quelques mois si l’on ne publie pas rapidement par exemple. Le manque de moyen est un frein à la créativité des jeunes chercheurs et beaucoup vont voir ailleurs. Je pense qu’une collaboration plus étroite avec les industriels pourrait dynamiser un peu plus la recherche dans notre pays et apporter des fonds supplémentaires pour dynamiser la recherche appliquée.

TH : Quel est le futur de la recherche en France et en Europe ?

AD : Avec la crise, les budgets sont au plus bas dans beaucoup de pays européens, et la recherche et le développement industriel suit la même logique. On parle de plus en plus de compétitivité dans la recherche et certains pays d’Asie notamment commencent à devenir des leaders mondiaux dans certains domaines. Les pays européens ne peuvent pas continuer à être des acteurs majeurs sur la scène internationale sans remodeler leurs modes de fonctionnement et le financement de leur recherche.

Sommaire :

  1. Introduction
  2. Interview avec Alexandru Delamoreanu
  3. Interview avec Alexandru Delamoreanu (suite)
  4. Wafers
  5. Fréquences des transistors
  6. Taille des transistors
  7. Matériaux des transistors
  8. Fabrication des transistors (1ère partie)
  9. Fabrication des transistors (2e partie)
  10. Comportement du graphène
  11. Conclusion