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GlobalFoundries : comment en est-on arrivé là ?

Image 1 : GlobalFoundries : comment en est-on arrivé là ?GlobalFoundries vient de clore un chapitre majeur de son histoire en rachetant le reste des parts d’AMD, comme nous vous le rapportions en début de semaine dans notre actualité « GlobalFoundries coupe le cordon avec AMD ». Quatre ans après le rachat de ses usines par ATIC, le groupe est maintenant indépendant du père des Athlon. Nous avons donc décidé de revenir sur l’histoire de Globalfoundries [1].

La surprise

Après le rachat d’ATI par AMD en 2006, le fabricant de processeurs croulait sous les dettes et ses résultats financiers étaient désastreux avec une baisse du chiffre d’affaires de 25 % d’un trimestre à l’autre (cf. « AMD voit rouge et les employés voient la porte ? »). C’est dans un climat très tendu qu’Advanced Technology Investment Company (ATIC) a jeté un pavé dans la mare en annonçant vouloir reprendre l’activité fonderie d’AMD (cf. « La scission d’AMD annoncée »).

Avec le recul, la décision d’ATIC était prévisible. Un fonds souverain d’Abu Dhabi, Mubadala, avait déjà commencé à investir des sommes importantes dans AMD un an auparavant (cf. « AMD profite de la hausse du pétrole »). ATIC, qui appartient au gouvernement émirien, était donc un candidat logique pour une telle acquisition. Néanmoins, le rachat a surpris tout le monde, principalement parce que les termes étaient très favorables à AMD et que c’était la première fois qu’un fonds d’investissement allait jouer le rôle de fondeur et concurrent d’Intel. Il y avait donc la surprise d’une telle acquisition et la curiosité autour de l’arrivée fracassante d’un tel acteur sur ce marché et cet accord inattendu qui changeait la donne de l’Américain.

Image 2 : GlobalFoundries : comment en est-on arrivé là ?La naissance de The Foundry Co

En effet, ATIC et AMD ont immédiatement créé une co-entreprise qui était provisoirement connue sous le nom de The Foundry Company (ou The Foundry Co) avant d’être nommée Globalfoundries un an plus tard (cf. « Globalfoundries, le vrai nom de The Foundry Co »). Elle a repris une partie de la dette d’AMD à hauteur de 1,2 milliard de dollars. En plus de cela, ATIC a payé 700 millions de dollars et Mubadala a augmenté sa participation dans AMD en achetant pour 314 millions de dollars d’action. Les marchés ont apprécié la nouvelle et l’action d’AMD a pris presque 20 % le jour de l’annonce.

Lors de la création de The Foundry Co, AMD possédait 44,4 % de parts, contre 55,6 % pour ATIC. Le fabricant de processeurs était minoritaire, mais il était très présent. Doug Grose, vice-président de l’activité fabrication d’AMD au moment de la restructuration, a été mis à la tête de la coentreprise et Hector Ruiz, alors P.D.G d’AMD, fut mis à la tête du Comité de direction.

Cette mise en avant des employés d’AMD semble néanmoins avoir été une façade pour calmer ceux qui craignaient une paralysie de l’Américain. En effet, si les marchés boursiers ont très bien accueilli la nouvelle, un groupe d’actionnaires au sein d’AMD n’a pas vu les choses de la même façon et s’est opposé à l’acquisition. Les dirigeants ont dû la faire voter deux fois avant qu’elle soit approuvée (cf. « La scission d’AMD est reportée » et « The Foundry Company approuvé par les actionnaires »).

La naissance de The Foundry Co s’est faite dans la douleur, car en plus d’une certaine réticence, Intel a contesté le transfert de certaines de ses licences par AMD vers la coentreprise (cf. « Scission d’AMD : Intel inquiet pour ses brevets »). Il semble que le fondeur de Santa Clara ait surtout voulu faire pression sur son concurrent (cf. « The Foundry Co en danger à cause d’Intel ? ») et que l’affaire fut réglée lorsque les deux sociétés ont passé un accord à l’amiable mettant fin aux poursuites contre Intel pour abus de position dominante (cf. « Intel résout ses procès contre AMD à l’amiable »).

Image 3 : GlobalFoundries : comment en est-on arrivé là ?Le désir d’indépendance d’ATIC

Après le rachat, le contrat fut presque immédiatement renégocié et ATIC acquit 65,8 % des parts de The Foundry Co. À ce moment-là, les intentions du fond émirien étaient claires. Il voulait contrôler l’ensemble de la co-entreprise et se séparer d’AMD. En 2010, il était déjà établi qu’AMD allait perdre Globalfoundries et les tensions de ces derniers mois n’ont probablement fait qu’accélérer la prise de contrôle par ATIC (cf. « AMD aurait de gros problèmes avec GlobalFoundries »).

Il est aujourd’hui établi que les dirigeants en provenance d’AMD n’étaient là que pour assurer la transition. En effet, Globalfoundries a très vite montré qu’il allait faire les choses différemment. En 2009, il racheta Chartered pour 5,6 milliards de dollars, solidifiant ainsi sa position en tant que fondeur (cf. « ATIC veut racheter Chartered, concurrent de GlobalFoundries »). Il a aussi présenté des plans ambitieux pour l’avenir en parlant de gravure à ultraviolet extrême (cf. « L’EUV chez Globalfoundries en 2014 »), en présentant de nouveaux clients (cf. « GlobalFoundries a un premier client : STMicro ») et en construisant de nouvelles usines (cf. « GlobalFoundries construit sa seconde usine »).

ATIC a aussi remplacé petit à petit les anciens dirigeants d’AMD par ses employés. Hector Ruiz est parti sur fond de scandale après avoir été l’objet d’une enquête pour délit d’initié (cf. « Démission de l’ancien PDG d’AMD »). Il est aussi tenu pour responsable des mauvais résultats d’AMD de l’époque. En juin dernier, Doug Grose a quitté son poste de P.D.G pour être remplacé par Ajit Manocha, un directeur de Spansion et conseillé de ATIC. Ibrahim Ajami, P.D.G de ATIC, est devenu vice-président du comité de direction et James Norling, un ancien de Chartered et favori du fond d’investissement, a pris la place de président du comité (cf. « Des remaniements chez Globalfoundries »)

Image 4 : GlobalFoundries : comment en est-on arrivé là ?Il reste de nombreux défis à relever

Le sevrage a pris quelques années et si l’indépendance par rapport à AMD est officielle depuis quelques jours, elle existe depuis déjà six mois. En effet, GlobalFoundries n’a plus grande chose à voir avec les usines d’AMD d’il y a quatre ans. La question est maintenant de savoir si sa stratégie paiera. Or la firme doit faire face à de nombreux obstacles technologies, dont principalement des rendements décevants en 32 nm qui l’ont poussé à abandonner une partie de ses chaînes de production (cf. « Globalfoundries abandonne le 32 nm »). Il s’est d’ailleurs fait réprimander par AMD (cf. « AMD veut que GlobalFoundries améliore son 32 nm »). La firme doit aussi préparer l’avenir en travaillant sur de nouvelles mémoires (cf. « Une nouvelle ReRAM par Globalfoundries ») et de nouvelles architectures (cf. « GlobalFoundries va produire de l’ARM »).

Il y a aussi la question des relations entre AMD et Globalfoundries, mais le fait que GlobalFoundries soit maintenant contrôlé par ATIC uniquement ne devrait avoir que peu d’impact. AMD a besoin de lui. Le fondeur a les masques et la technologie pour graver des x86, ce qui est loin d’être simple. De même, GlobalFoundries a besoin d’AMD, qui est le seul concurrent d’Intel sur ce marché. Même si on peut imaginer une fabrication de certains processeurs par TSMC, Globalfoundries restera nécessairement son fondeur principal pendant encore de nombreuses années, quoi qu’il arrive.

Le fondeur semble aussi se ressaisir. AMD a accepté de modifier son contrat qui détermine maintenant que le prix à payer à Globalfoundries dépendra du nombre des wafers gravés et non du nombre de puces fonctionnelles, comme cela était le cas auparavant lors des faibles rendements en 32 nm. Ce changement est un signe positif. Globalfoundries montre qu’il est aussi capable d’innover (cf. « Globalfoundries va aussi graver en 20 nm »). Enfin, IBM continue de travailler en étroite collaboration avec lui, principalement parce qu’il est un des rares fondeurs, avec TSMC ou Samsung, à pouvoir rivaliser avec Intel et c’est le seul à produire des puces x86 en très grande quantité (cf. « IBM, GlobalFoundries et le 28 nm »).

[1] Le tour d’horizon du Pixel Qi, que nous vous avions promis pour aujourd’hui se retrouve donc décalé à la semaine prochaine (cf. « Mirasol : comment en est-on arrivé là ? »)