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Mère porteuse : Internet et le jugement de Salomon

Pour ceux qui ont la mémoire courte, je rappellerai juste que "le jugement de Salomon" relate l'épisode durant lequel le roi des Hébreux, devant la dispute de deux mères réclamant le même nourrisson, avait brandi son épée, prêt à couper l'enfant en deux, afin de le partager entre les deux femmes. La légende veut que la vraie mère se soit spontanément jetée sur l'enfant pour le protéger de son corps, prouvant eux yeux du roi le lien maternel qui l'attachait au nouveau-né.

Pourquoi rappeler cet épisode Biblique ?

Aujourd'hui, sur le site de LCI, on pouvait lire l'histoire suivante : "une Belge vend son bébé sur Internet". Pour être plus précis, une mère porteuse belge, à qui un couple avait demandé le service de porter l'enfant désiré, en échange d'une somme recouvrant des frais d'hôpitaux estimés à 10 000 €, a prétexté la mort de l'enfant attendu, pour mieux le revendre 15 000 € à un autre couple recherchant lui aussi un nourrisson, et rencontré sur la toile. Apprenant la nouvelle, le premier couple demandeur essaie de récupérer l'enfant, bien que cette tentative ne soit vaine : le contrat passé entre la mère porteuse et les parents adoptifs n'a aucune valeur juridique.

Que dire ?

La petite fille est née le 26 février dernier. Naître dans un monde en guerre, ou naître dans la misère, est quelque chose de terrible. Il ne demeure alors que l'espoir ténu de voir grandir un être qu'on voudrait voir rempli de promesses. Bien sûr, l'humanité nous en a appris trop long sur le cortège d'horreurs qu'elle est capable d'engendrer. Mais dans ce cas, et devant cette naissance dans ce fiel spéculatif, on a l'impression que cette humanité s'est arrêtée d'un coup net, dans tout le luxe technologique de sa civilisation. L'outil fantastique qu'est Internet a transformé un enfant en marchandise, et une mère en quelque chose de barbare ayant perdu tout sens commun.

Le jugement

Est ce à dire que je juge quelqu'un et quelque chose un peu vite ? Déjà, je répondrai que spéculer sur la vente d'un être vivant, cela s'apparente soit à de l'esclavagisme, soit à du proxénétisme. Alors… Faut-il condamner Internet ? A cela je répondrai qu'on ne juge que sur des actes. C'est par Internet que cette sordide affaire a pu avoir lieu, mais elle aurait très bien pu se monter à l'aide d'un simple téléphone, ou d'un simple échange de courriers postaux. De même, c'est bien grâce à Internet que cette histoire a pu venir jusqu'à nous.
Au bout du compte, Salomon a peut être abattu son épée : le gouvernement va réglementer, voire interdire, les mères porteuses en Belgique.