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MWC : grandeur et décadence dans le monde des SoC ARM

Après un sujet dédié au problème épineux du 64 bits, nous allons traiter un autre problème des SoC ARM : pourquoi un fabricant peut passer de préféré des constructeurs à celui de grand perdant en quelques mois. C’est une problématique intéressante, car le marché est bien plus volatil que celui des processeurs x86, pour diverses raisons. Un fabricant peut, d’une année à l’autre, passer du statut de star à celui de loser.

Si nous devions faire un bilan du MWC 2014 sur le sujet des processeurs, Qualcomm serait le grand gagnant, Mediatek le challenger (la société équipe beaucoup de modèles d’entrée de gamme) et NVIDIA, Rockchip et Allwinner les grands perdants. Mais ce bilan ne serait pas le même que celui du MWC 2013, du MWC 2012 ou du futur MWC 2015.

Le choix du CPU

Image 1 : MWC : grandeur et décadence dans le monde des SoC ARMARMRevenons d’abord sur ce que contient un SoC ARM destiné à un smartphone : un CPU, un GPU et des composants annexes. Un fabricant qui veut proposer un SoC ARM va donc devoir combiner ces trois composants (en simplifiant) et proposer une puce. Pour le GPU, on peut se fournir chez NVIDIA, ARM, Imagination (PowerVR), Vivante, ou concevoir ses propres composants (comme Qualcomm). Même chose pour les composants annexes. Pour le CPU, c’est un peu différent.

Mettons de côté Apple, qui a un statut un peu particulier, et regardons le marché : à part Qualcomm dans le haut de gamme (Snapdragon 600 et 800) et (bientôt) NVIDIA, tout le monde utilise en fait des cores ARM sous licence. Concrètement, ARM vend les « plans » des cores aux différents constructeurs, qui intègrent ces derniers dans une puce. En dehors des composants annexes et de quelques réglages, donc, un quad core Cortex A7 provenant de chez Qualcomm (par exemple un Snapdragon 400) ou un quad core Cortex A7 provenant de chez Mediatek, Rockchip ou de n’importe quel autre constructeur ont les mêmes performances. De même, une puce comme le Snapdragon 610 et une autre comme le MT6732 de Mediatek auront des performances proches, car elles utilisent quatre cores Cortex A53 de chez ARM.

Les constructeurs doivent donc se différencier sur le GPU, la présence de composants annexes — typiquement, Qualcomm a énormément de succès avec ses Snapdragon 400 parce qu’ils intègrent un modem 4G — ou éventuellement sur le CPU, comme Qualcomm et ses puces à base de Krait, un core maison.

La star peut devenir le grand perdant

Sans certains avantages, le choix se fait évidemment sur un critère simple : le prix. Qualcomm (encore) l’a bien vu avec le Snadragon 802 : cette puce destinée aux téléviseurs a été abandonnée très rapidement parce que la demande n’était pas là. La raison officieuse est simple : les Snadragon se vendent bien parce qu’ils intègrent un modem 4G, ce qui n’est pas un argument dans le monde des téléviseurs. 

L’exemple type dans ce domaine est la chute de Texas Instruments : la société a été la star des smartphones pendant plusieurs années avec ses OMAP3 (Cortex A8) et ses OMAP4 (Cortex A9) avant de tomber totalement dans l’oubli très rapidement. L’OMAP5 (Cortex A15) a eu du retard, la puce ne semblait pas capable de lutter contre les nouveautés des autres constructeurs et les fabricants de téléphones ont donc massivement migré vers d’autres puces. 

D’autres sociétés semblent suivre le même chemin : les SoC Rockchip ou AllWinner sont de plus en plus rares alors que ceux de Mediatek sont de plus en plus utilisés, et NVIDIA a connu le succès avec Tegra 2 et Tegra 3 avant de tomber dans l’oubli avec Tegra 4, qui n’équipe que quelques rares appareils poussés par la société.

Ce n’est pas une fatalité

Ce qui est intéressant, c’est que comme les constructeurs partent globalement sur un pied d’égalité en utilisant les mêmes cores pour le CPU, aucun fabricant n’est vraiment capable de se démarquer totalement des autres et donc rien n’est perdu. Si Texas Instruments a décidé de se recentrer sur le monde professionnel (où l’OMAP5 a trouvé sa place), NVIDIA pourrait revenir dans la danse avec le Tegra K1 dans sa variante « Denver » (64 bits). De même, il n’est pas irréaliste de penser qu’un nouvel entrant pourrait trouver sa place sur ce marché, soit avec des fonctions inédites, soit avec un bon rapport qualité/prix, comme l’a fait Mediatek en quelques mois.

Si le leader dans le monde mobile est très clairement Qualcomm — et la société peut dire merci aux opérateurs de téléphonie mobile et à la 4G —, l’arrivée de modems 4G dans d’autres SoC (chez Mediatek ou NVIDIA) pourrait changer la donne. De même, Samsung est actuellement un acteur mineur dans le domaine des SoC, malgré des puces performantes, pour une raison simple : les usines du constructeur coréen tournent à plein régime pour produire les SoC d’Apple. Mais si Samsung perd ce contrat — et les rumeurs indiquent qu’Apple pourrait passer chez TSMC —, on pourrait assister à une modification profonde du marché : Samsung produirait les SoC de Samsung, alors que les capacités de TSMC, le fondeur choisi par la majorité des autres sociétés proposant des SoC, diminueraient mécaniquement.

Le marché des SoC ARM est donc très intéressant à suivre, bien plus que celui des processeurs x86, parce que tout peut arriver. Et arriver à deviner quel SoC sera le modèle phare du MWC 2015 n’est donc pas si évident…