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Ordinateur ou téléphone pour le tiers monde ?

Le débat sur l’ordinateur à 100 dollars continue. On se souvient de l’annonce du MIT fin septembre 2005, qui proposait sous l’égide de l’ONU un ordinateur portable basique à destination des écoliers des pays émergeants. Ce projet annoncé à grand renfort de communication dans les médias devrait permettre d’équiper la jeunesse des pays en voie de développement d’un outil éducationnel de qualité. L’ordinateur présente des qualités de résistance au choc et à la poussière, mais aussi un système de recharge de batterie original par une manivelle. Nicholas Negroponte, directeur du Media Labs du MIT, porte ce projet à bout de bras depuis des années et 2006 devrait voir la mise sur le marché des premiers ordinateurs.

Premières critiques

Jusqu’alors, devant une telle débauche d’humanisme, de bonne volonté, et d’aura scientifique, les critiques étaient rares. Mais la controverse arrive aujourd’hui par l’intermédiaire de Bakhshi, de l’Institut de recherche IDC. Ce dernier s’appuie sur les déclarations de Bill Gates (Microsoft) en 2005 pour rappeler que l’outil du futur, c’est celui qui permet avant tout d’être relié au réseau, à savoir le téléphone mobile. Bill Gates utilisait cet argument contre l’iPod, mais il semblerait donc aussi valide contre les ordinateurs portables.

Un projet socialement viable ?

Shiv Bakhshi assure qu’il est peu probable que les habitants des pays en développement s’approprient l’ordinateur portable comme c’est le cas du téléphone portable. Il est vrai que l’année 2005 a été celle du décollage de la téléphonie portable dans les pays en voie de développement, et ce grâce à des structures finalement peu onéreuses, mais surtout un engouement social extrêmement fort dans beaucoup de pays. Tout comme dans les pays occidentaux, les gens veulent avant tout être connecté au réseau. De fait, les ordinateurs, même reliés à l’Internet, semblent moins adaptés à cette demande, bien que des projets intéressent les industriels. Par ailleurs, la force des téléphones portables, c’est qu’ils permettent également au consommateur de s’appuyer sur un réseau commercial dont ne dispose pas le projet des ordinateurs à 100 dollars. En effet, le projet prévoit de passer des contrats avec les ministères nationaux de l’éducation pour acheter et distribuer les ordinateurs. Mais pour ce qui est de la maintenance et de la réparation, nul ne sait quelles solutions sont proposées. Un client d’un réseau de téléphone qui paye son abonnement, lui, est tout à fait en droit de demander un service après vente à son fournisseur, surtout dans une logique concurrentielle de plusieurs fournisseurs de réseau. L’écolier à qui l’on aura confié un ordinateur, lui, se retrouvera seul devant la panne inévitable de tout matériel informatique.

Communiquer ou construire ?

Face à ces critiques, les promoteurs du projet du MIT recentrent le débat sur la raison même du projet. Seymour Paper, membre du MIT, rappelle le fondement du projet est de considérer que l’informatique permet de construire des choses tout autant que d’accéder à l’information. « Si nous pensons que la technologie est seulement un moyen d’accéder à l’information, et l’éducation un moyen d’accéder à l’information, nous devrions peut-être nous engager sur un téléphone mobile. Mais l’éducation n’est pas qu’une question d’accès. C’est aussi « faire » des choses. (…) Un ordinateur, même non connecté, est plus précieux qu’un téléphone connecté« .

Un choix stratégique ?

C’est donc bien la perception de l’utilisation de l’informatique qui est en jeu ici. D’un côté, ceux qui pensent que la priorité doit être donnée à l’accès à l’information pour tous, et ce au détriment de la puissance informatique de l’appareil. D’un autre côté ceux qui pensent que l’informatique plus qu’un vecteur de communication est aussi un outil d’apprentissage qui permet de construire, nécessitant plus qu’une connexion sur le monde extérieur, des capacités logicielles et de puissance qui permettent la créativité. Nul doute que de l’équilibre entre ces deux notions dépendra l’évolution positive ou non des technologies dans les pays en voie de développement.