Triste bilan de la fibre optique en France

Le déploiement de la fibre optique en France a démarré en 2006. Nous sommes en 2009 et force est de constater que les promesses d’hier n’ont pas été tenues. Heureusement, le pire est peut-être passé.

L’ARCEP vient de publier son rapport « d’orientation suite à la première phase des travaux d’expérimentation et d’évaluation relatifs à la mutualisation des réseaux en fibre optique », rapport qui contient des propositions de nature à débloquer la situation.

Un triste bilan

Encore peu de Français peuvent accéder au Très Haut Débit (THD) : au 31 décembre 2008, 20 000 immeubles étaient fibrés, soit environ 550 000 logements. À la même date, on ne recensait que 170 000 abonnés THD, dont seulement 40 000 en FTTH (fibre jusqu’à l’abonné). 

Les FAI n’ont pas la fibre mutualiste

Le problème autour duquel les opérateurs ferraillent est la mutualisation des fibres installées dans les immeubles. Depuis l’été 2008 et la Loi de Modernisation de l’Économie, l’opérateur posant les premières fibres s’engage à en laisser l’accès à ses concurrents, moyennant une juste rétribution. Mais ce beau principe n’a pas pu être appliqué en réalité, car deux technologies de raccordement s’affrontent. D’un côté Free, qui a choisi le point à point, soit une fibre par logement entre l’immeuble et le Noeud de Raccordement Optique (NRO). De l’autre, Orange et SFR, adepte du point-à-multipoint : une seule fibre raccorde un immeuble au NRO, et elle se ramifie dans l’immeuble pour relier tous les logements.

Si Orange et SFR peuvent facilement mutualiser leurs installations, Free serait obligé de refibrer les mêmes immeubles afin d’exploiter sa technologie. Au contraire, Orange et SFR ne pourraient pas facilement proposer une offre dans un immeuble fibré par Free, car ce dernier ne prévoit pas de point de raccordement centralisé en bas d’immeuble.

Depuis l’été, les FAI s’accusent mutuellement de bloquer le déploiement de la fibre. Dans les faits, selon l’ARCEP, « au 31 décembre 2008, le nombre d’abonnements très haut débit pour lesquels le fournisseur de services accède au réseau d’un opérateur tiers dans le cadre de la mutualisation demeurait inférieur à 25, sur une centaine de foyers situés dans des immeubles équipés en fibre optique et raccordés par au moins deux opérateurs. » Oui, vous avez bien lu, 25 foyers, sur un potentiel de 550 000.

Consensus

Afin de faire bouger les choses, plutôt que de trancher pour une technologie ou une autre, l’ARCEP recommande de ménager la chèvre et le chou.

« Sur la base des retours d’expérience, […] un schéma possible pourrait prévoir qu’antérieurement à l’équipement de l’immeuble en fibre optique :

  •  tout opérateur pourrait exercer une option auprès de l’opérateur d’immeuble, pour que ce dernier installe une fibre surnuméraire qui lui est dédiée pour chaque logement […] ; dans ce cas, les coûts imputables à la pose de fibre surnuméraire devraient être intégralement préfinancés par l’opérateur bénéficiaire, qui partagerait également les coûts d’équipement de l’immeuble ;
  • tout opérateur aurait la garantie de pouvoir installer un boîtier de flexibilité, par exemple au niveau du point de mutualisation ; ceci vise à répondre à la demande des opérateurs souhaitant en disposer. »

Autrement dit, chacun pourra disposer des équipements nécessaires même si l’immeuble est raccordé par un opérateur concurrent, à la simple condition de payer pour cela. Cela ne s’appliquerait pas aux logements déjà fibrés. Cette recommandation n’a pas encore force de loi, l’ARCEP se contentant pour l’instant « [d’inviter] les acteurs à commenter ces orientations ». Après cette phase, un projet de décision sera mis en consulation publique en mai, et une décision finale sera adoptée avant l’été.