Amazon est prêt à mettre en service ses satellites Leo, un réel danger pour Starlink ?

Avec 396 engins en orbite après un lancement effectué dans la nuit du 2 juillet, Amazon estime avoir atteint le seuil minimal pour ouvrir son réseau Leo au public cette année. L’écart avec SpaceX reste toutefois considérable.

lancement satellite fusée
© Bill Jelen / Unsplash

Amazon a annoncé avoir franchi une étape importante dans le déploiement de son réseau internet par satellite. Après le lancement de 29 nouveaux satellites à bord d’une fusée Atlas V de United Launch Alliance depuis Cap Canaveral, dans la nuit du 2 au 3 juillet, la constellation Leo compte désormais environ 396 engins opérationnels en orbite. Un seuil que l’entreprise juge suffisant pour lancer un service commercial cette année, conformément à l’objectif qu’elle s’était fixé pour la mi-2026.

Chris Weber, vice-président chargé des activités commerciales et des produits du réseau, a confirmé que cette configuration permet d’assurer “un service continu sur les latitudes initiales”. La couverture sera cependant limitée dans un premier temps à une bande étroite de latitudes moyennes, avant de s’étendre progressivement vers l’équateur au fil des prochains lancements. Amazon le reconnaît sans détour : les premiers utilisateurs devront composer avec une couverture partielle.

Un retard important face à Starlink

La comparaison avec SpaceX illustre l’ampleur du chemin restant à parcourir. L’entreprise d’Elon Musk exploite aujourd’hui quelque 10 000 satellites en orbite et revendique plus de 10 millions d’abonnés. Starlink a été lancé en 2015, soit quatre ans avant même qu’Amazon n’annonce l’existence de son projet concurrent. À titre de comparaison, SpaceX avait ouvert son accès beta en 2020 avec environ 900 satellites, soit plus du double de ce qu’Amazon aligne aujourd’hui pour son ouverture commerciale.

Amazon leo borne de réception
© Amazon Leo

Atteindre un niveau comparable prendra des années et nécessitera des milliers de lancements supplémentaires. Le vol de la nuit dernière était le dernier des huit missions Atlas V réservées par Amazon. La société s’appuiera désormais sur d’autres lanceurs : le Vulcan de ULA, le New Glenn de Blue Origin, la société spatiale de Jeff Bezos, Arianespace, et même SpaceX. En tout, Amazon a contractualisé une centaine de lancements pour un montant estimé à environ 82 milliards de dollars.

Des fusées Blue Origin clouées au sol

Le principal obstacle reste logistique. Deux des lanceurs sur lesquels Amazon comptait sont actuellement indisponibles. Un New Glenn de Blue Origin a explosé sur son pas de tir en mai dernier, endommageant la tour de lancement. Le Vulcan, de son côté, est immobilisé depuis février en raison d’un défaut affectant ses moteurs. Blue Origin espère que le New Glenn pourra revoler d’ici la fin de l’année.

Ce calendrier serré avait déjà suscité des interrogations de la part des régulateurs. Amazon s’est engagé à porter sa constellation de première génération à 3 232 satellites d’ici 2029, tandis qu’une deuxième génération, encore plus large, a déjà reçu les autorisations nécessaires.

Amazon au-delà de l’internet haut débit

Le réseau Leo n’est qu’une partie de la stratégie d’Amazon dans ce secteur. Via le rachat de Globalstar pour 11,6 milliards de dollars, l’entreprise vise également le marché de la connectivité directe entre satellites et appareils mobiles. Elle a ainsi conclu un accord pour alimenter les fonctionnalités satellite des iPhone d’Apple à partir de 2028, se retrouvant en concurrence frontale avec les ambitions similaires de Starlink dans ce domaine.

L’enjeu dépasse la rivalité entre ces deux entreprises américaines. La position dominante de Starlink inquiète plusieurs gouvernements, peu enclins à dépendre d’un unique opérateur privé pour des infrastructures de communication stratégiques.

En Europe, les tentatives de constituer une alternative crédible peinent à aboutir, une fusion récente valorisée à 3,1 milliards de dollars a été jugée insuffisante pour rivaliser sérieusement. L’entrée en lice d’Amazon, même tardive, introduit au moins un deuxième acteur capable de peser dans cette compétition.