En voulant bloquer Telegram, la Russie a paralysé ses propres banques

Les tentatives de Moscou de bloquer les réseaux privés virtuels ont provoqué des pannes importantes dans les applications bancaires russes, selon plusieurs sources.

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Les autorités russes intensifient depuis plusieurs mois leur contrôle sur internet, avec des conséquences inattendues sur le fonctionnement des services numériques domestiques. Le régulateur russe des télécommunications, Roskomnadzor, a récemment engagé le blocage de Telegram sur le territoire national. Face à cette mesure, une grande partie des utilisateurs ont contourné la restriction en passant par des VPN. Moscou s’attaque désormais à ces outils, ce qui a conduit à des dysfonctionnements en cascade.

Plus de 50 millions d’utilisateurs concernés

Pavel Durov, fondateur et directeur général de Telegram, a confirmé que la plateforme est officiellement interdite en Russie. Malgré cette interdiction, plus de 50 millions de Russes continueraient à l’utiliser quotidiennement via des VPN, selon ses propres déclarations. Durov a par ailleurs indiqué que les autorités russes travaillent depuis plusieurs années à bloquer ces outils de contournement.

Les dernières mesures en date, visant à restreindre le trafic chiffré et les protocoles de tunneling, ont eu des effets bien au-delà de leur cible initiale. Selon des sources industrielles citées anonymement par l’agence Bloomberg, le système de filtrage de Roskomnadzor aurait été surchargé, entraînant des problèmes de stabilité sur l’ensemble du réseau internet russe. Résultat concret : durant le week-end, les applications bancaires ont connu des pannes généralisées, contraignant de nombreux Russes à recourir au paiement en espèces.

Une ambition de contrôle inspirée du modèle chinois

Ces perturbations surviennent dans un contexte plus large. Le Kremlin cherche à orienter sa population vers une application nationale baptisée Max, conçue pour regrouper accès aux réseaux sociaux et services de paiement mobile. Le modèle assumé est celui de WeChat, l’application chinoise Weixin, sur laquelle les autorités de Pékin disposent d’un accès sans restriction à l’ensemble du trafic des utilisateurs. Moscou semble vouloir reproduire ce niveau de contrôle avec sa propre infrastructure numérique.

Des critiques venues de milieux proches du pouvoir

Le blocage de Telegram ne fait pas l’unanimité, y compris parmi les soutiens du gouvernement russe. Des soldats, des blogueurs pro-Poutine et des partisans de la guerre en Ukraine ont exprimé leur mécontentement face à cette décision. La plateforme est en effet largement utilisée comme outil de communication sur le front ukrainien.

Durov, qui traverse par ailleurs des difficultés judiciaires sur le plan international, a pris position publiquement contre ces restrictions. Selon lui, tenter de couper l’accès des citoyens à des plateformes de communication est une démarche vouée à l’échec, qu’il s’agisse de l’Iran, de la Russie ou d’ailleurs.

Les VPN, une solution imparfaite

Si le recours aux réseaux privés virtuels s’est généralisé comme moyen de contournement de la censure d’État, ces outils ne sont pas sans risques pour leurs utilisateurs. Aux États-Unis, un groupe de représentants démocrates a récemment souligné que l’utilisation d’un VPN peut exposer les individus à une surveillance gouvernementale non encadrée. Un problème qui dépasse les frontières américaines et concerne tout autant les utilisateurs russes ou iraniens.

La situation illustre la difficulté, pour les États qui cherchent à contrôler internet, de cibler précisément certains services sans perturber l’ensemble de l’infrastructure numérique dont dépendent leurs propres citoyens.