Twitter pourrait renaître de ses cendres, mais c’est sans compter sur la rage d’Elon Musk, qui attaque l’éditeur de l’application en justice pour plagiat, alors que le réseau social a changé de nom depuis des mois.

La startup Operation Bluebird, basée en Virginie, a annoncé lundi le lancement de son réseau social Twitter.now, reprenant le nom et le logo abandonnés selon elle par X Corp., l’entreprise d’Elon Musk. Cette initiative intervient alors qu’un juge fédéral n’a pas encore statué sur la demande d’injonction préliminaire déposée par X Corp. pour bloquer le projet.
L’entreprise se défend face au milliardaire
« Nous sommes une petite entreprise, nous avons des investisseurs et un produit », a déclaré Stephen Coates, cofondateur d’Operation Bluebird et ancien conseiller juridique de Twitter avant son rachat par Elon Musk. « Nous avons attendu des mois, et nous n’allons plus attendre. » Selon lui, la décision de Musk de rebaptiser Twitter en X en 2022 aurait ouvert la voie à une récupération des marques déposées, notamment le nom Twitter et le logo de l’oiseau, ainsi que le terme « tweet ».
En décembre 2025, X Corp. avait porté plainte contre Operation Bluebird et demandé à un tribunal du Delaware d’empêcher le lancement d’une nouvelle plateforme sous le nom Twitter. Lors d’une audience en avril 2026, le juge Colm Connolly avait cependant laissé entendre, sans rendre de décision écrite, que X Corp. semblait avoir renoncé à ses droits sur certains éléments de propriété intellectuelle, dont le mot « tweet » et le logo, voire le nom « Twitter » lui-même. Une interprétation que Stephen Coates, aujourd’hui conseiller juridique de Twitter.now, considère comme un feu vert : « Selon nous, X a abandonné ses droits sur les marques Twitter et tweet. »
Une plateforme distincte, mais inspirée de l’ancien Twitter
Le site Twitter.now insiste sur sa rupture avec l’ère Musk : « Operation Bluebird, Inc. a récupéré le nom que X Corp. a laissé tomber et le reconstruit sur la base de la confiance », peut-on lire en page d’accueil. « Nous ne sommes pas X, et nous n’avons aucun lien avec X Corp. »
Pour l’instant, la plateforme ne compte que quelques centaines d’utilisateurs. Son interface rappelle celle de l’ancien Twitter, avec des fonctionnalités similaires comme les réponses et les retweets. Une nouveauté notable : un outil de vérification automatique des faits, baptisé « Vera » (pour « Veracity Engine for Real-Time Analysis »), basé sur le modèle Gemini de Google. Ce système analyse en temps réel les publications pour en évaluer la véracité.

Stephen Coates a testé « Vera » en postant des affirmations manifestement fausses, comme « George Washington était notre deuxième président ». « Notre premier objectif est de recréer une place publique plus sûre et moins nocive », explique-t-il. « Nous défendons la liberté d’expression, mais pas la liberté de portée. Les gens peuvent dire ce qu’ils veulent, mais nous ne voulons pas que notre plateforme soit financièrement dépendante de contenus viraux nuisibles ou inexacts. »
Un litige juridique loin d’être réglé
Si Operation Bluebird avance que X Corp. a renoncé à ses marques, les experts restent prudents. « Ils ont une théorie juridique défendable, mais ce n’est pas un dossier gagné d’avance », estime Josh Gerben, avocat spécialisé en marques déposées à Washington. « Il y a une part d’audace dans leur démarche, et X Corp. va leur opposer une résistance farouche. »
Pour Gerben, le lancement de Twitter.now change la donne :
Déposer une demande de marque était une chose, mais maintenant qu’ils ont lancé le service, la réaction de X Corp. sera bien plus forte. C’est une escalade majeure dans ce dossier.
Ni X Corp., ni Elon Musk, ni leurs représentants juridiques n’ont apporté de commentaires.