290 satellites contre 15 000 : l’Europe lance son réseau satellite sécurisé

L’Union européenne a activé les premiers segments de sa constellation satellitaire souveraine IRIS², un projet de 10 milliards d’euros combinant orbites basses et moyennes pour sécuriser les communications gouvernementales et réduire la dépendance technologique vis-à-vis des États-Unis.

internet iris2 europe

L’Union Européenne a activé les premières capacités opérationnelles de la constellation IRIS² et de GOVSATCOM. Les États membres accèdent désormais à des liaisons satellite souveraines, sécurisées et chiffrées, destinées prioritairement aux usages gouvernementaux et militaires.

Enfin un système satellitaire européen

IRIS² (Infrastructure for Resilience, Interconnectivity and Security by Satellite) constitue un système multi-orbite combinant satellites en orbite terrestre basse (LEO, 500-2 000 km) et en orbite terrestre moyenne (MEO, ~8 000-20 000 km). La constellation finale doit compter environ 290 satellites d’ici la fin de la décennie, contre plus de 6 800 satellites Starlink déjà opérationnels aujourd’hui et une cible de 15 000 unités annoncée par SpaceX pour 2031.

Le choix d’une architecture mixte LEO/MEO vise à équilibrer latence et couverture géographique. Les segments LEO offrent une latence typiquement inférieure à 50 ms (contre 20-40 ms pour Starlink en conditions optimales), tandis que les segments MEO assurent une résilience accrue grâce à une altitude supérieure, réduisant l’exposition aux débris et aux brouillages intentionnels.

GOVSATCOM, composante parallèle déjà partiellement opérationnelle, repose sur des capacités mutualisées existantes (satellites gouvernementaux nationaux et commerciaux européens) et sert de pont transitoire vers IRIS².

IRIS² vs Starlink : le comparatif qui fait peur

ParamètreIRIS² (objectif final)Starlink (état actuel / cible 2031)
Nombre de satellites~290>6 800 / ~15 000
OrbitesLEO + MEOLEO uniquement
Latence typique20-100 ms (estimée)20-40 ms
Bande passante agrégéeNon publique>100 Tbit/s (réseau actuel)
Propriété / contrôleUnion EuropéenneSpaceX (États-Unis)
Chiffrement / souverainetéNatif, sous contrôle UESoumis aux lois américaines (CLOUD Act, ITAR)
Coût du programme10 milliards €Non public (estimations >30 milliards $)

La densité satellitaire d’IRIS² sera environ 50 fois inférieure à celle de Starlink à l’horizon 2031. Cela implique une capacité totale par unité de surface nettement moindre, mais une redondance inter-orbites plus élevée et une résilience accrue face aux menaces cinétiques ou électroniques.

Positionnement stratégique et économique

Le budget alloué de 10 milliards € (2023-2030) couvre le développement, les lancements et les infrastructures sol. Le consortium retenu en décembre 2023 regroupe SES (Luxembourg), Eutelsat (France), Hispasat (Espagne), Airbus, Thales Alenia Space, Deutsche Telekom, Orange, Leonardo et d’autres acteurs européens.

defense satellite ue

Contrairement à Starlink, qui opère sur un modèle commercial direct grand public et entreprise (abonnements 90-120 €/mois en Europe), IRIS² privilégie d’abord les marchés captifs gouvernementaux et de défense. L’accès citoyen et entreprise reste prévu à terme, mais sans calendrier ni tarif annoncés. La dépendance actuelle de nombreux États membres envers Starlink (notamment en Ukraine) a accéléré la pression politique pour disposer d’une alternative souveraine.

Un dinosaure face à un Starlink surpuissant ?

Les capacités initiales d’IRIS² et GOVSATCOM sont désormais opérationnelles pour les utilisateurs gouvernementaux et militaires européens. La constellation complète, prévue pour la fin de la décennie, offrira une infrastructure de communication spatiale sous contrôle européen exclusif, avec une architecture mixte LEO/MEO et un dimensionnement volontairement limité à environ 290 satellites.

Les performances réelles en latence, débit et résilience face aux brouillages restent à mesurer en conditions opérationnelles réelles. Les tests indépendants et les retours d’utilisation des premiers utilisateurs étatiques permettront d’évaluer si le compromis capacité / coût / souveraineté retenu répond effectivement aux besoins stratégiques européens.