Sous l’effet d’une demande importante par le secteur de l’intelligence artificielle, les deux géants sud-coréens révisent drastiquement leurs tarifs pour les serveurs. Une augmentation qui touche de plein fouet les GAFAM et qui devrait, par ricochet, impacter le matériel grand public.

Le marché de la mémoire traverse une période de fortes turbulences tarifaires. D’après des sources industrielles coréennes, Samsung et SK Hynix ont notifié leurs principaux clients d’une augmentation significative des prix de la DRAM pour serveurs. Cette hausse, comprise entre 60 et 70 % par rapport au quatrième trimestre de l’année précédente, marque un tournant dans les relations commerciales entre les fondeurs et les géants de la tech.
Au-delà de la simple révision des prix, c’est la structure contractuelle qui évolue. Les fabricants de puces privilégient désormais les accords trimestriels au détriment des contrats à long terme, anticipant une poursuite de l’inflation des composants tout au long de l’année et potentiellement jusqu’en 2027.
La course à la RAM pour l’IA
Cette pression sur les prix est principalement alimentée par les besoins critiques en mémoire HBM3E, indispensable aux accélérateurs d’IA de nouvelle génération. La demande explose pour équiper les puces H200 de Nvidia — dont l’exportation vers la Chine a récemment été autorisée par Washington — ainsi que les infrastructures de Google, qui s’appuie sur Broadcom pour ses TPU (Tensor Processing Units).

Face à cette pénurie potentielle, les grandes entreprises américaines telles que Microsoft et Amazon tentent de sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement. Des équipes d’achat ont été dépêchées en Corée du Sud pour des négociations prolongées, saturant les hôtels d’affaires de Séoul. La stratégie est claire : acquérir le maximum de volume disponible, quel qu’en soit le coût actuel, pour soutenir le déploiement des centres de données dédiés à l’IA.
Micron et la fin de Crucial
La tension sur l’offre ne se limite pas aux acteurs coréens. L’américain Micron a annoncé en décembre avoir déjà alloué l’intégralité de sa production pour l’année 2026. Dans une optique de rationalisation visant à privilégier le marché “Entreprise”, plus lucratif, la société a d’ailleurs mis un terme à sa marque grand public, Crucial.
Un impact inévitable sur le consommateur
Si les “hyperscalers” sont les premiers touchés, le marché de l’électronique grand public devrait subir des répercussions mécaniques. L’augmentation des coûts de fabrication de la mémoire concerne également les composants destinés aux ordinateurs personnels et aux smartphones. Des constructeurs comme Asus devraient logiquement répercuter ces hausses sur le prix final payé par le consommateur.
Selon les prévisions du cabinet d’analyse TrendForce, cette dynamique haussière devrait perdurer. Outre la DRAM, le prix de la mémoire NAND Flash est également orienté à la hausse, avec une augmentation estimée à près de 38 % pour ce premier trimestre. Dans un contexte où la demande excède largement l’offre, les clients industriels semblent n’avoir d’autre choix que d’accepter ces nouvelles conditions tarifaires pour maintenir leur compétitivité.