Qualcomm relance son partenariat avec Samsung après cinq ans d’absence pour fabriquer le Snapdragon 8 Elite Gen 5 sur le procédé 2nm GAA, profitant de tarifs 33% inférieurs à ceux de TSMC et signalant un rééquilibrage potentiel du marché des fonderies avancées.

Qualcomm a confirmé aujourd’hui la reprise de sa collaboration avec Samsung Foundry. Cette décision marque la fin d’une période d’exclusivité de cinq ans avec le taïwanais TSMC et signale le retour d’une stratégie d’approvisionnement diversifiée (dual-sourcing) pour le géant de San Diego.
Lors d’un point presse tenu ce matin au Consumer Electronics Show, Cristiano Amon, PDG de Qualcomm, a déclaré que l’entreprise avait engagé des discussions avancées avec Samsung Electronics pour la fabrication contractuelle utilisant le procédé 2 nanomètres (nm). « Nous avons également achevé les travaux de conception avec l’objectif d’une commercialisation prochaine », a précisé M. Amon.
L’impératif économique de la diversification
Cette transition vers une production partagée pour le Snapdragon 8 Elite Gen 5 répond à une logique économique et logistique pressante. La dépendance exclusive envers TSMC, bien que garante de performances thermiques et énergétiques supérieures ces dernières années, a exposé Qualcomm à une tarification agressive de la part de la fonderie taïwanaise.
Les données du marché indiquent un écart tarifaire substantiel : alors que TSMC facture ses wafers (galettes de silicium) en 2nm aux alentours de 30 000 dollars, Samsung proposerait une technologie équivalente pour environ 20 000 dollars. Pour Qualcomm, dont le coût unitaire du prochain processeur est estimé à 280 dollars — un montant historiquement élevé —, l’intégration de Samsung dans la chaîne d’approvisionnement est un levier nécessaire pour contenir l’inflation des coûts de production.
La maturité du procédé 2nm GAA en question
Le choix de Samsung repose sur son architecture 2nm GAA (Gate-All-Around), une technologie de transistors censée offrir une meilleure efficacité énergétique que l’architecture FinFET traditionnelle. Ce même procédé est actuellement utilisé pour la production de masse de l’Exynos 2600 de Samsung.
Cependant, la prudence reste de mise. Les rapports actuels font état de rendements (yields) initiaux de 50 % pour le procédé 2nm de Samsung. Bien que ce chiffre soit en deçà des standards optimaux de maturité industrielle, la signature de contrats majeurs par Samsung — notamment un accord de 16,5 milliards de dollars avec Tesla pour sa puce AI6 et des commandes pour des équipements de cryptomonnaie — suggère une confiance renouvelée de l’industrie dans la capacité du fondeur coréen à stabiliser ses lignes de production.
Selon les informations disponibles, Samsung allouera 10 % de la capacité de son usine S3 à Hwaseong pour satisfaire la demande de Qualcomm. Ce contrat pourrait générer environ 470 millions de dollars de revenus pour la division fonderie de Samsung à court terme.