Un rapport d’experts révèle que les enfants européens passent jusqu’à six heures par jour sur les réseaux sociaux et met en avant des risques pour leur santé mentale. La Commission européenne annonce vouloir examiner des restrictions d’âge et présenter une proposition après l’été.

La Commission européenne étudie des mesures pour limiter l’utilisation des réseaux sociaux par les enfants, à la suite d’un rapport mettant en lumière des effets préoccupants sur leur santé. Lors d’une conférence de presse ce matin, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a déclaré : « Il est clair que nous avons besoin de restrictions adaptées à l’âge sur ces plateformes. Il ne s’agit pas de savoir si les enfants peuvent accéder aux réseaux sociaux, mais si et quand les réseaux sociaux peuvent accéder à nos enfants. »
Le rapport, rédigé par le psychologue pour enfants Jörg M. Fegert et l’épidémiologiste Maria Melchior, révèle que les jeunes Européens passent en moyenne quatre à six heures par jour sur des plateformes comme TikTok, Instagram ou Facebook. Près de 60 % d’entre eux présenteraient des « troubles du développement socio-émotionnel et une vulnérabilité accrue aux problèmes de santé mentale », avec des conséquences telles que des « difficultés de sommeil et de concentration, ainsi qu’une hausse des cas de dépression et d’anxiété », selon les auteurs.
Des recommandations ciblées par tranche d’âge
Les experts proposent plusieurs mesures :
- Interdiction totale pour les moins de 3 ans d’utiliser tout type d’écran.
- Restriction pour les moins de 13 ans, sauf sous supervision d’un parent ou d’un enseignant.
- Accès encadré pour les 13-18 ans, avec des fonctionnalités de sécurité obligatoires, comme la limitation du défilement infini.
Ces propositions s’inspirent en partie de législations déjà en place ailleurs. L’Australie a été le premier pays à interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans en 2024, tandis que la Floride (États-Unis) a instauré une mesure similaire pour les moins de 14 ans sans accord parental. La France, l’Allemagne et l’Espagne examinent également des projets comparables.
Des défis pratiques et juridiques
En Australie, des critiques soulignent que les jeunes contournent facilement la loi en mentant sur leur âge ou en créant de faux comptes. Pour renforcer son dispositif, le gouvernement australien a récemment doublé les amendes maximales pour les plateformes ne respectant pas l’âge minimal, les portant à 99 millions de dollars australiens (environ 68 millions de dollars américains).
Si l’Union européenne adopte une telle législation, ce serait la plus vaste initiative du genre, concernant 81 millions de mineurs parmi ses 450 millions d’habitants. Cependant, son élaboration nécessitera des négociations entre les 27 États membres, un processus qui pourrait s’avérer long.
Pour Ursula von der Leyen, « plus nous en apprenons sur les effets des réseaux sociaux, plus l’argument en faveur d’un âge minimal d’accès se renforce ». La Commission européenne doit désormais examiner le rapport et ses recommandations avant de présenter une proposition « après l’été ».