66 ans de serveurs en images

Image 1 : 66 ans de serveurs en images

Harvard Mark I

En 1930, alors que le terme « ordinateur » avait tendance à désigner un collègue muni d’une règle à calculs prêt à vous rendre service, IBM était alors principalement connu pour ses machines à cartes perforées. Cependant, la transition du statut d’acteur parmi d’autres sur le marché professionnel jusqu’à un quasi-monopole dans l’informatique est dû à une succession de visionnaires à la tête de l’entreprise, comme ce fut le cas avec Sir Thomas Watson.

Le Harvard représentait en effet une manifestation concrète de ses idées, bien que cette machine n’ait pas préfiguré les orientations technologiques qui suivirent. Reste que l’image vaut le détour ne serait-ce que pour mesurer le chemin parcouru depuis.

Tout a commencé en 1936 quand un chercheur d’Harvard, Howard Aiken, tentait de résoudre un problème relatif à la conception de tubes électroniques (une histoire un peu ironique comme on le verra plus loin). La progression de ses travaux était conditionnée par la résolution d’équations non-linéaires, sachant qu’aucun outil n’était alors en mesure de le faire pour lui. Aiken proposa donc à des chercheurs d’Harvard de créer un calculateur à grande échelle capable de résoudre ces équations. La demande ne fut pas bien reçue.

Aiken approcha ensuite la Monroe Calculating Company, qui elle aussi déclina la proposition. IBM était alors le suivant sur la liste. La proposition d’Aiken pouvait se résumer à un cahier des charges et non pas un vrai plan de conception, il incombait donc à IBM d’inventer de quoi satisfaire ces critères. Initialement estimés 15 000 $, les coûts ont rapidement atteint 100 000 $ lors de l’acceptation formelle de la demande en 1939. Au final, le Harvard Mark I aura couté à peu près 200 000 $.

Il aura fallu attendre 1943 pour voir ce monstre faire ses premiers calculs : 5 tonnes pour 15,5 mètres de long ! Nécessitant une synchronisation mécanique entre ses différentes unités de calcul, le Harvard Mark I était équipé d’un moteur cinq chevaux courant tout le long de la machine. Le « programme » se créait en branchant des câbles sur un panneau de connexion, suite à quoi les données étaient lues par le biais de cartes perforées pour aboutir à une impression soit sur des cartes perforées, soit sur des machines à écrire électriques. Même si l’on se référait aux standards de l’époque, le Harvard Mark I était lent : seulement trois additions/soustractions par seconde et même six secondes pour une seule multiplication. Les logarithmes et calculs trigonométriques prenaient chacun une minute.

Le Harvard Mark I était donc un cul de sac technologique et n’a pas été amené à calculer des données historiques durant ses quinze ans d’existence, mais il était ni plus ni moins que le tout premier ordinateur entièrement automatique. Bien qu’étant très lent, mécanique, et manquant de nécessités comme les branchements conditionnels, c’était un ordinateur, et il s’en dégageait un très léger aperçu de ce qui allait suivre.

NB : La plupart des serveurs mainframes présentés dans ce reportage sont américains, vu leur domination dans ce domaine. Si ce reportage se veut complet, il ne peut en effet être exhaustif, ce qui explique notamment l’absence du Colossus (mainframe Anglais qui servit à casser le code Lorenz pendant la seconde guerre mondiale) ou encore le Bull Gamma 60 du côté français.