Le fabricant japonais rejoint des dizaines d’entreprises réclamant près de 200 milliards de dollars à l’État fédéral

Nintendo a déposé une plainte contre le gouvernement des États-Unis afin d’obtenir le remboursement de droits de douane imposés durant l’administration Trump en 2025, que la Cour suprême a depuis déclarés contraires à la loi. Le fabricant de consoles rejoint ainsi un mouvement massif d’entreprises qui réclament collectivement près de 200 milliards de dollars de restitutions, intérêts compris.
Des droits de douane sans précédent
La plainte, dont le site Aftermath a obtenu copie, revient sur la chronologie des événements. En avril 2025, le président Donald Trump avait instauré ce qu’il avait baptisé les droits de douane du “Liberation Day”, imposant des droits de douane dépassant 25 % sur les importations en provenance de plusieurs pays, dont le Japon, Taïwan, la Corée du Sud, l’Inde, le Vietnam et la Chine. L’objectif affiché était de renforcer l’industrie manufacturière américaine.
Dans les mois qui ont suivi, ces mesures ont évolué de manière erratique. Les droits visant spécifiquement la Chine ont par moments dépassé les 100 %, créant une instabilité notable pour les entreprises dépendant de chaînes d’approvisionnement internationales.

Les fabricants de matériel électronique, dont les processus de production reposent largement sur des sites industriels situés en Asie, ont été particulièrement affectés par ces mesures.
Nintendo entre prudence et adaptation
Bien que Nintendo ait affirmé que ces droits de douane n’avaient pas eu d’incidence sur le prix de lancement de la Switch 2, fixé à 450 dollars, le constructeur avait déjà anticipé certaines évolutions en délocalisant une partie de sa production de la Chine vers le Vietnam lors du premier mandat de Donald Trump.
L’entreprise a toutefois reporté les précommandes de sa nouvelle console portable, initialement prévues le 9 avril, au 24 avril, avant de commercialiser la Switch 2 le 5 juin. Par ailleurs, Nintendo a mis en vente une version réservée au marché japonais, affichée à un prix inférieur de plus de 100 dollars à celui pratiqué aux États-Unis.
La Cour suprême invalide les droits de douane
Le mois dernier, la Cour suprême a statué que le président avait outrepassé ses prérogatives en décrétant ces droits de douane. L’administration Trump s’était appuyée sur une interprétation inédite de l’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA), une loi qui confère au président le pouvoir de réguler les importations en cas de situation d’urgence.

Or, cette loi ne fait aucune mention des droits de douane, et aucun président ne l’avait auparavant utilisée à cette fin, encore moins pour des droits d’une telle ampleur. La Cour a jugé que des mesures d’une portée aussi considérable nécessitaient l’approbation du Congrès, que l’administration n’avait pas obtenue.
Une riposte immédiate de la Maison-Blanche
En réaction à cette décision, Donald Trump a immédiatement instauré un tarif mondial de 10 % en s’appuyant cette fois sur la Section 122 du Trade Act de 1974, menaçant ensuite de le porter à 15 %. Vingt-quatre procureurs généraux d’État ont déposé cette semaine une action en justice pour bloquer ces nouveaux droits.
Des remboursements techniquement difficiles à mettre en œuvre
Au-delà des batailles juridiques, un obstacle logistique se profile. L’agence des douanes américaine (Customs and Border Protection) a indiqué à un juge de la Cour du commerce international que ses systèmes informatiques et ses effectifs ne disposent pas des capacités nécessaires pour traiter les quelque 166 milliards de dollars de remboursements dus par le gouvernement.
Dans un document obtenu par CNBC, le CBP a précisé qu’il prévoyait de mettre à niveau ses équipements afin de gérer environ 53 millions d’opérations tarifaires impliquant 330 000 importateurs, avec un délai estimé à 45 jours.
La plainte de Nintendo, qui porte sur un montant non précisé, s’inscrit donc dans un contexte où des centaines de milliers d’entreprises attendent des restitutions que l’administration fédérale n’est, pour l’heure, pas en mesure de verser.