Alors que l’explosion de l’intelligence artificielle fait grimper en flèche le coût des composants mémoire, Intel se veut rassurant pour le marché grand public. Grâce à des stocks stratégiques, les constructeurs d’ordinateurs portables devraient être à l’abri de la pénurie pendant encore 9 à 12 mois.

C’est un effet collatéral direct de la course effrénée vers l’intelligence artificielle générale (AGI) menée par les géants de la tech : les prix de la mémoire DRAM et des puces associées subissent des hausses vertigineuses, alimentées par la demande insatiable des centres de données. Pourtant, selon Intel, le consommateur lambda cherchant à acheter un nouvel ordinateur portable ne devrait pas en ressentir les effets immédiats.
Des stocks de RAM pour 9 à 12 mois
Dans une récente interview, Nish Neelalojanan, directeur principal de la gestion des produits chez Intel, a affirmé que l’industrie du PC portable est bien armée pour traverser la tempête. Contrairement aux craintes de certains analystes prédisant une explosion des prix ou une baisse des spécifications techniques (downgrade) des futures machines, la situation semble sous contrôle.
Selon le cadre d’Intel, les fabricants d’équipements d’origine (OEM) ont constitué des stocks de sécurité suffisants pour tenir entre 9 et 12 mois. Ces réserves permettent d’isoler le marché grand public de la pénurie actuelle de DRAM provoquée par l’IA.

« Si quelqu’un pouvait prédire le marché de la mémoire, il serait riche à l’heure qu’il est », a plaisanté Nish Neelalojanan, avant de préciser que cette stabilité n’est pas due au hasard. Les fabricants de PC planifient leurs cycles de production des années à l’avance, verrouillant les approvisionnements bien avant le lancement des produits. Cette anticipation permet aujourd’hui aux nouveaux modèles d’arriver sur le marché comme prévu, sans retard ni surcoût majeur lié aux composants.
Dell et la confusion sur les prix
Cette clarification intervient alors que des spéculations ont entouré le lancement récent des nouveaux modèles XPS de Dell. Certains observateurs avaient attribué leurs prix élevés à la hausse du coût des composants. Dell a toutefois rectifié le tir, expliquant que les tarifs initiaux reflétaient simplement le lancement prioritaire des configurations haut de gamme, des variantes plus abordables étant prévues pour les semaines à venir.
Des optimisations matérielles et logicielles
Au-delà de la gestion des stocks, l’industrie s’adapte techniquement pour réduire sa dépendance à la quantité de mémoire vive.
Intel a ainsi mis en avant l’architecture de ses futurs processeurs Core Ultra Series 3. Ces puces intégreront un cache L3 partagé plus important (18 Mo), accessible à la fois par les cœurs de performance et les cœurs d’efficacité. L’objectif est d’optimiser le traitement des données directement sur le processeur pour moins solliciter la mémoire système.
De son côté, Microsoft semble également prendre conscience des problèmes d’efficacité de Windows. L’entreprise développerait de nouveaux outils destinés aux développeurs pour leur offrir une vision plus précise de la consommation réelle de RAM par leurs applications. Une initiative perçue avec une certaine ironie par les utilisateurs, conscients des problèmes de fiabilité et de lourdeur actuels du système d’exploitation.
Le mirage du “PC IA”
Si l’industrie se protège des coûts de l’IA, elle peine encore à convaincre les utilisateurs de son utilité immédiate dans leurs machines personnelles. Dell a récemment reconnu que très peu de consommateurs achètent des “PC IA” pour leurs capacités en intelligence artificielle.
Ces fonctionnalités sont souvent jugées confuses ou peu pertinentes par le grand public, qui continue de privilégier des critères pragmatiques : la performance brute, l’autonomie et le rapport qualité-prix.
Certains observateurs vont plus loin, prédisant, ou espérant, un éclatement de la “bulle IA” aux alentours de 2026. Un tel scénario forcerait l’industrie technologique à se recentrer sur les besoins réels des clients plutôt que sur la frénésie actuelle. En attendant, grâce aux stocks constitués, les acheteurs de PC portables disposent d’une année de répit avant de potentiellement sentir l’impact de cette crise des composants.