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Test Lego’s Builder Journey : quand le RTX casse des briques

L’envie d’assembler des petites briques vous démange ? Si l’exercice paraît à première vue aussi enfantin que naïf, il revêt surtout une douce poésie surannée, que l’on doit notamment au ray-tracing venant sublimer cet univers.

« Peu importe la destination, seul le voyage compte ». C’est peut-être la citation qui sied le mieux à Lego Builder’s Journey, un puzzle-game poétique et innovant, développé par Light Brick Studio, l’équipe interne de création de jeux vidéo de l’illustre marque danoise, qui signe ici son premier projet. Paru à l’origine le 19 décembre 2019 sur iOS/macOS dans le cadre du programme Apple Arcade, il fait aujourd’hui l’objet d’une ressortie enrichie, sur Windows et Nintendo Switch.

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Il vous invite à parcourir des dizaines de tableaux successifs, autant d’étapes à franchir dans la randonnée d’un père et de son fils, tous deux composés de briques de Lego. Rivières de briques bleues, forêts de tiges vertes ou ronces aux reflets marron : les deux personnages veulent voir du pays, quitte à emprunter des sentiers accidentés ou des passages périlleux. Et à la manière d’un rite de passage conduisant à la maturité, le père laisse souvent sa chère tête blonde seule, quelques pas en arrière, qu’elle devra franchir en autonomie. 

Des briques emblématiques de l’univers Lego jonchent ainsi les décors très divers qui composent chaque tableau, et c’est à vous de les assembler afin de reconstituer un pont pour franchir une rivière, un escalier pour prendre de la hauteur ou un toboggan pour dévaler une pente. L’enfant se déplace à l’aide de briques spéciales, composées d’un seul plot, que vous devrez juxtaposer pour qu’il rejoigne à chaque fois son paternel une fois le chemin rétabli.

Another brick in the wall

En pratique, le maniement est très simple. Un clic pour se saisir d’une pièce, un second clic pour la permuter et un appui prolongé pour la déposer. Et en maintenant le clic droit, on permute la vue, à la façon d’un Google Earth par exemple. Pas de risques de game over, et encore moins de boss final : si une pièce vient se perdre dans les flots ou tomber dans un ravin, elle réapparaît et vous laisse une nouvelle chance d’exprimer votre créativité.

« Lego Builder’s Journey est un voyage narratif sur la pièce elle-même, touchant profondément à la croyance selon laquelle nous ne vieillissons que parce que nous arrêtons de jouer, résume Karsten Lund, directeur créatif de Lego. C’est une expression de la valeur de la créativité, dans une histoire de passage à l’âge adulte, dans un micro-monde Lego inspiré par notre communauté ». On tombe vite sous le charme de cet assemblage qui gagne peu à peu en cohérence, d’autant plus qu’il n’y a jamais qu’une seule solution pour franchir un passage et poursuivre le périple.

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Peu à peu, le jeu gagne en rythme et trouve même une tournure dramatique inattendue. Séparés par les aléas du parcours, père et fils devront successivement évoluer à distance pour mieux se rejoindre. Le garçon gagnera un compagnon de fortune, un robot que vous aurez vous-même assemblé. Distillées sans le moindre indice, les énigmes rappellent souvent la progression à tâtons d’un The Witness (2016) de Jonathan Blow. On essaie d’imbriquer une pièce dans l’autre, on soupèse un éventuel indice visuel nous montrant que l’on est sur la bonne voie, on envisage de jouer sur les symétries et les couleurs, puis l’on déconstruit pour tester une autre solution. Revêtant davantage la forme d’un « jouet », Lego Builder’s Journey n’est ni tout à fait un bac à sable où tout vous est permis ni un pur puzzle-game gagnant une complexité folle : c’est un conte interactif, à parcourir avec les yeux d’un enfant.

Le RTX, un « Lego Technic » pour des effets photoréalistes

Et du côté des mirettes, justement, il y a de quoi être choyé : le ray-tracing introduit par la version Windows casse vraiment des briques. Les effets de lumière sont savamment orchestrés et les tableaux revêtent un aspect photoréaliste, qui renforce l’immersion et même, osons le mot, la poésie qui se dégage de l’assemblage des briques pour construire le parcours. Lego Builder’s Journey met savamment en scène ce type d’effet, avec l’utilisation de briques “lumineuses”, à la façon de lampadaires, dont les reflets viennent se réverbérer sur les parois lisses de certaines surfaces, ou au contraire se briser contre les arêtes anguleuses d’autres briques. Vous pouvez également incliner la vue sur les décors, et ainsi profiter des reflets du soleil sur une lagune de briques ou sur les branches des arbres. Le tout avec de petits effets d’animation, simples et reposants, qui renforcent la poésie du titre.

Image 3 : Test Lego’s Builder Journey : quand le RTX casse des briques
Image 4 : Test Lego’s Builder Journey : quand le RTX casse des briques

Alors que les effets de ray-tracing et la débauche de moyens graphiques trouvent évidemment leur pleine justification dans les déluges pyrotechniques promis par les FPS AAA, c’est étonnamment ravalés au modeste rang de briques qu’ils sont aujourd’hui précieux. On avait déjà vu Minecraft RTX, une version spéciale du bac à sable conçu par Markus Persson, sublimée par ces mêmes effets. Mais ils trouvent ici un écho encore moins anguleux ou primitif et plus photoréaliste, qui participe largement à l’immersion dans le titre de Light Brick Studio. 

Techniquement, Lego’s Builder Journey est le premier titre Unity supportant les effets de ray-tracing. Dans les réglages, vous pouvez jouer précisément sur les quatre types d’effets : les réflexions, les ombres, l’illumination globale et l’occlusion ambiante.

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Et si vous n’avez pas réussi à mettre la main sur les dernières GeForce RTX 30 ou sur une carte de génération antérieure, faute de disponibilité ou de budget, le service GeForce Now suffit à en profiter. Le titre est d’ores et déjà compatible, et vous pouvez ainsi activer le ray-tracing, ou les différents modes DLSS. C’est d’ailleurs par ce biais que nous avons découvert le titre.

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Un titre qui casse des briques … mais qui vous braque

Avec son excellent level-design, son concept original et sa réalisation de haute volée, Lego Builder’s Journey remplit sa promesse : c’est un voyage mémorable, une ode emplie de mélancolie et de poésie, de laquelle il est difficile de décrocher. Trajet en première classe oblige, c’est aussi un voyage dont le ticket d’entrée est élevé : comptez 16,99 € sur Steam (et même 19,99 € sur l’eShop de la Switch, sans RTX), dont on fait le tour complet en moins de deux heures, en prenant le temps.

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Et à l’issue du conte, pas de mode « bac à sable » débloqué, qui vous aurait assuré une plus grande liberté de mouvement. Pas non plus de challenges supplémentaires, avec des niveaux plus complexes, ou de speedrun chronométré. En clair, la rejouabilité n’est pas vraiment de mise, et le titre reste donc court. Autre bémol à signaler, si le maniement paraît ultra-simple, il est aussi la source de maladresses parfois, avec des briques que l’on lâche inopinément, ou de pièces que l’on galère à positionner correctement sans permuter le plateau. En clair, Lego Builder’s Journey ne s’adresse pas aux enfants, qui pesteront contre sa certaine rigidité. Mais si, à l’inverse, vous avez vous-même conservé votre âme d’enfant et si vous souhaitez plonger dans une épopée qui, outre son indéniable aspect de vitrine technique, met en scène avec talent les briques Lego, ne passez pas à côté de ce titre.