La carte graphique RTX 5090 D v2 de NVIDIA, conçue spécifiquement pour satisfaire aux exigences du marché chinois, vient d’être interdite d’importation par la Chine elle-même. Une décision inattendue qui place le fabricant américain dans une impasse commerciale et laisse les joueurs chinois sans solution haut de gamme.

La RTX 5090 D v2 de NVIDIA se retrouve dans une situation pour le moins paradoxale : la carte graphique, développée exclusivement pour le marché chinois, vient de se voir refuser l’accès à ce même marché. Et cette fois, la décision ne vient pas de Washington, mais de Pékin.
Une carte conçue pour la Chine … bloquée par la Chine
Pour comprendre la situation, il faut revenir quelques mois en arrière. À la fin de l’année 2024, NVIDIA avait annoncé la RTX 5090 D en parallèle de sa RTX 5090 standard. Cette version « D » était destinée uniquement à la Chine, dans le but de respecter les réglementations américaines en matière d’exportation de technologies sensibles. Peu après son lancement, les États-Unis ont durci leurs règles, entraînant l’interdiction de vente de ce modèle.
NVIDIA avait alors répondu en lançant une deuxième version, la RTX 5090 D v2, aux spécifications encore plus réduites. La différence la plus notable : la mémoire vidéo passe de 32 Go à 24 Go, accompagnée d’un bus mémoire moins large. L’objectif était clairement de rendre la carte moins attractive pour un usage en intelligence artificielle, domaine au cœur des tensions commerciales entre les deux pays.
Les douanes chinoises bloquent les importations
Selon des informations rapportées par le média spécialisé HKEPC, des sources du secteur indiquent que des fabricants chinois de cartes mères ont récemment reçu une notification des autorités douanières : la RTX 5090 D v2 ne sera pas approuvée pour le traitement douanier. Concrètement, les importateurs ne pourront pas obtenir les autorisations nécessaires à la commercialisation du produit sur le territoire chinois.

Cette décision aurait pris NVIDIA de court. Un fabricant de cartes mères cité par HKEPC indique ne pas connaître les raisons précises de ce blocage. Une hypothèse avancée par les acteurs du marché : le gouvernement chinois percevrait la RTX 5090 D v2 comme un produit dégradé et ne souhaiterait pas le voir distribué sur son territoire. Une interprétation qui reste, pour l’heure, spéculative.
Une situation sans issue claire pour NVIDIA
Le problème est d’ordre pratique autant que commercial. La RTX 5090 D v2 n’existe que pour la Chine. Elle ne peut légalement être vendue ailleurs. Les stocks déjà produits ou en transit se retrouvent donc sans destination officielle.
Certains observateurs estiment que ces cartes pourraient finir par alimenter des réseaux de revente parallèles, via des circuits de contrebande vers d’autres pays, ou être écoulées directement auprès d’entreprises spécialisées dans l’IA. Cette dernière piste est d’autant moins surprenante que des rapports récents signalent que certaines sociétés chinoises font déjà modifier des RTX 5090 D v2 pour en doubler la mémoire vive, la portant jusqu’à 48 Go, afin d’en faire des outils de calcul pour l’IA.
Par ailleurs, la plateforme de commerce en ligne JD.com avait brièvement proposé plusieurs produits NVIDIA frappés d’interdiction, dont la RTX 5090 D v2, sur une page dédiée aux « GPU pour l’IA ». Cette page a été retirée dès que l’information a été relayée par les médias spécialisés.
Des conséquences concrètes pour les joueurs chinois
Pour les consommateurs en Chine intéressés par le gaming, la situation se complique. La RTX 5090 D v2 devait être la solution haut de gamme disponible localement. Son interdiction d’importation laisse la RTX 5080 comme option la plus performante accessible sur le marché officiel.
Le contexte général n’arrange pas les choses : les prix des produits NVIDIA et AMD disponibles en Chine augmentent régulièrement, et les fabricants locaux de GPU, bien qu’en phase d’accélération de leur développement, ne proposent pas encore de produits comparables aux dernières générations occidentales.
La Chine pousse néanmoins activement au développement de solutions domestiques, dans le cadre d’une politique plus large de réduction de la dépendance aux technologies étrangères. Mais à court terme, ce sont les utilisateurs finaux qui font les frais de ces tensions, coincés entre les restrictions américaines et les décisions des autorités chinoises.