Accueil » Actualité » Bug des RTX 3080/3090 : quels modèles acheter, quelles cartes éviter ?

Bug des RTX 3080/3090 : quels modèles acheter, quelles cartes éviter ?

Certains premiers acheteurs de RTX 3080 customs se plaignent de plantages à répétition, lorsque la fréquence du GPU tutoie les 2 GHz. Enquête sur les raisons possibles d’un tel dysfonctionnement.

Si nous reconnaissons d’évidentes qualités à la GeForce RTX 3080, la première carte à réellement concrétiser le jeu 4K tout en marquant une nette différence par rapport à la génération précédente, il faut bien admettre que son lancement est émaillé de quelques regrettables couacs dont se serait bien dispensé Nvidia. Il y a tout d’abord son indisponibilité générale, avec des modèles Founders Edition en rupture de stock au bout de quelques secondes … avec parfois l’aide de bots. Si Nvidia parle d’une “demande initiale très forte”, et promet de “faire tout son possible” pour un retour rapide des stocks, il ne s’engage pas sur la moindre date de réassort. On parle de plusieurs semaines ou mois d’indisponibilité. Même constat unilatéral chez les revendeurs spécialisés, avec les modèles customs : rares sont encore les cartes présentes sur les étals des boutiques physiques ou en ligne.

Image 1 : Bug des RTX 3080/3090 : quels modèles acheter, quelles cartes éviter ?

Des plantages à partir d’une fréquence de 2 GHz environ

Second problème, soulevé cette fois par certains chanceux de la première heure qui ont réussi à mettre la main sur un modèle custom : des cartes présenteraient un comportement erratique, avec une instabilité ou des plantages, selon de nombreux témoignages sur Reddit ou des forums spécialisés. Les soucis apparaîtraient de manière inégale selon les constructeurs et les modèles, mais les récits indiquent qu’ils se multiplieraient dès que la fréquence boost du GPU passerait au-dessus des 2 GHz.

Image 2 : Bug des RTX 3080/3090 : quels modèles acheter, quelles cartes éviter ?

Deux choses à noter, avant d’aller plus loin. Déjà : nous n’avons pas rencontré ce problème, lors de nos propres tests — mais comme nous allons le voir, les modèles Founders Edition en semblent pour ainsi dire exemptés. Ensuite, nous devons rappeler que les caractéristiques officielles de la RTX 3080 correspondent à une fréquence de base de 1,44 GHz et Boost de 1,71 GHz. Certains modèles customs overclockés caracolent évidemment à des cadences supérieures, mais rares sont ceux tablant officiellement sur une fréquence tutoyant les 2 GHz – pour compléter l’enquête, il faudra rapidement isoler les cas de figure correspondant à des OC démesurés menés du seul fait des utilisateurs, des réelles “promesses” des constructeurs.

Un secret industriel à la base d’une faible assurance qualité ?

Notre confrère Igor Wallossek, partenaire de Tom’s Hardware dans le test de cette génération Ampere, a mené l’enquête et présente une série de suppositions convaincantes pour expliquer ces ressentis. Il y a en premier lieu le calendrier qui s’est bousculé ces dernières semaines, et qui aurait largement empiété sur l’assurance qualité des cartes des constructeurs-tiers, tenus au secret. En clair, lors de la conception et de l’usinage de tous ces modèles custom aujourd’hui incriminés, les constructeurs n’auraient pas eu à leur disposition le moindre pilote fonctionnel. Les tests fonctionnels des premières lignes se seraient ainsi réduits à vérifier la mise sous tension et la stabilité thermique. En gros, pour chaque carte, marche-t-elle ou ne marche-t-elle pas. Dans de telles conditions, difficile de prétendre à une plus grande granularité de l’analyse, et de déterminer les fréquences maximales atteignables en toute sécurité.

Image 3 : Bug des RTX 3080/3090 : quels modèles acheter, quelles cartes éviter ?
Crédit : Igor’s Lab, le schéma PG132 correspond au design de référence de la RTX 3080. En rouge, les condensateurs POSCAP, en vert les MLCC

Il est donc plausible que des cartes vendues comme des modèles OC n’aient nullement bénéficié de tests de qualité au-dessus de tout soupçon.

La nature des condensateurs en question

Second aspect du problème : le choix disparate des composants autour du design de référence. Si l’on se rattache à la pure analyse du circuit imprimé PG132, qui correspond au numéro de série de la RTX 3080, et donc au design de référence, en particulier à la zone située sous la matrice de billes, on constate que les constructeurs-tiers ont opté pour des condensateurs de nature différente. Il en faut six pour filtrer les fréquences les plus élevées vers les rails de tension (NVVDD et MSVDD) – précisément la pierre d’achoppement des problèmes de stabilité aujourd’hui relevés.

Plus précisément, les derniers diagrammes datant de juin, qui ont probablement été distribués aux constructeurs-tiers, montrent la possibilité de recourir à des condensateurs POSCAP (des condensateurs tantale-polymères solides, marqués en rouge sur le diagramme ci-dessus) ou aux plus onéreux condensateurs MLCC (condensateurs céramiques multicouches, en vert). Libre à chaque constructeur, ou presque, de composer sa propre copie.

Image 4 : Bug des RTX 3080/3090 : quels modèles acheter, quelles cartes éviter ?
Crédit : Igor’s Lab – il s’agit de la RTX 3080 Zotac Trinity, avec des condensateurs POSCAP qui ont été incriminés pour leur manque de stabilité

En terme de qualité, les condensateurs MLCC sont davantage capables de filtrer les composants à très haute fréquence que les condensateurs POSCAP. Si l’on commence à ausculter les récits des premiers acheteurs, il semblerait que cette piste soit crédible. Sur les forums, on retrouve en effet de nombreux utilisateurs se plaignant de la Zotac Trinity, avec des instabilités apparaissant aux alentour de 2010 MHz, une carte qui fait précisément le choix de six condensateurs POSCAP à moindre prix. Même son de cloche du côté des premiers modèles de Gigabyte, à en croire les retours sur les forums.

Image 5 : Bug des RTX 3080/3090 : quels modèles acheter, quelles cartes éviter ?
Crédit : Igor’s Lab – on retrouve ici la RTX 3080 Founders Edition de Nvidia, avec un habile mélange de condensateurs MPCC et SP-CAP, qui ne semble pas touché par le problème d’instabilité

À l’inverse, le modèle Founders Edition sur lequel nous n’avons pas rencontré le problème embarque deux groupes de 10 condensateurs MLCC, associés à quatre condensateurs polymère-aluminium (SP-CAP). Cette solution apparaîtrait comme le compromis optimal. Chez MSI, il semblerait que l’on ne retrouve qu’un seul condensateur MLCC sur la GeForce RTX 3080 Gaming X Trio 10G, ce qui reste utilisable si l’on ne porte pas la fréquence à 2,1 GHz et si l’on utilise une solution de watercooling. De l’autre côté du spectre, l’Asus TUF RTX 3080 Gaming n’emploie que des condensateurs MLCC et n’a pas essuyé ce type de critique. Ce qui donne du crédit à cette théorie d’instabilité provoquée par la nature des condensateur.

Image 6 : Bug des RTX 3080/3090 : quels modèles acheter, quelles cartes éviter ?
Crédit : Igor’s Lab – À l’inverse, la RTX 3080 d’Asus TUF n’emploie que des condensateurs MLCC et n’est pas sujette aux critiques

Nous avons également pu mettre la main sur la Gainward GeForce RTX 3080 Phoenix GS. Elle comprend 5 POSCAP et un groupe MLCC et nous n’avons pas été en mesure de reproduire le plantage. Évidemment, l’un des aspects du problème tient à la nature ultra-technique de cette première hypothèse – aucun constructeur n’a jamais communiqué sur la nature des condensateurs qu’il soude sur ses circuits imprimés. Par ailleurs, on ignore dans quelle mesure des pilotes revus et corrigés pourraient rectifier le tir, ni si ces soucis de stabilité correspondent encore à une utilisation purement classique des RTX 3080/3090 ou à des overclockings forcenés. Il faut par ailleurs dédouaner Nvidia dans ce dossier – aucun constructeur ne pourra soutenir que l’utilisation de condensateurs POSCAP à moindre prix n’équivaut à celle des MLCC, réputés plus fiables dans le domaine. Nous resterons vigilant sur le sujet et ne manquerons pas de vous tenir au courant des derniers éclaircissements.