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Reportage : comment Seagate martyrise ses disques durs

2 : Phase de tests – 1ère partie 3 : Phase de tests – Vibrations 4 : Phase de tests - Chutes 5 : Phase de tests – 4ème partie 6 : Analyses 7 : Conclusion

Introduction

Image 1 : Reportage : comment Seagate martyrise ses disques durs

Imaginons que l’on investisse de larges ressources dans le cadre de sa profession, qu’il s’agisse de services dans le secteur des technologies et de la communication, de réalisation audiovisuelle, de gastronomie ou encore de nettoyage à sec. N’importe qui est capable d’imaginer ce que l’on fait au quotidien. En revanche, rares sont ceux qui parviennent à comprendre comment s’y prend-t-on.

Bien qu’elle puisse paraître triviale, cette notion a une réelle importance. Pour reprendre l’exemple des services dans le secteur des TIC, les clients potentiels comprenant l’activité prennent mieux conscience de l’expertise et du sérieux que l’on propose. N’importe quel pressing peut prétendre assurer le meilleur nettoyage à sec via son site Internet, mais il n’est pas question d’adhérer à cette affirmation sans connaitre les agents chimiques ainsi que les équipements utilisés.

Cette notion s’applique bien entendu aux fabricants de disques durs. Seagate consacre deux milliards de dollars par an à la recherche et au développement, ce qui se traduit notamment par un taux de panne de 1,2 % par an. Les modèles destinés aux entreprises ayant un taux de panne inférieur à celui des disques durs destinés aux particuliers, il faut souligner le fait que ce pourcentage s’applique à la totalité des modèles vendus par Seagate. Ceci étant dit, cette statistique n’est pas très révélatrice si l’on ne va pas plus loin.

Dans cette optique, nous avons engagé un photographe local (Noah Katz) avant de nous rendre dans le comté de Boulder, au Colorado. Seagate a la réputation d’être une entreprise cultivant le secret, ce qui n’est pas sans fondement : il est très rare que ce géant du stockage ouvre ses portes aux journalistes, a fortiori lorsqu’il s’agit d’un de ses quatre centres de recherche et développement (deux en Asie, un dans le Minnesota et enfin celui de Longmont où nous nous sommes rendus, le plus grand des quatre). Bien entendu, lorsque Seagate nous a donné l’autorisation de rentrer dans leurs murs, nous avons sauté sur l’occasion.

Image 2 : Reportage : comment Seagate martyrise ses disques durs

En anglais « sea gate » renvoie à une route ou canal donnant accès à l’océan, ou à l’inverse offrant une protection contre la mer. Lorsque l’entreprise a été créée en 1978 (précisons qu’elle s’appelait alors Shugart Technology), la métaphore de l’ « univers numérique » était encore loin d’être répandue. On parlait plutôt de « mer de données ». Naturellement, les disques durs constituaient alors le conduit pour cette masse de données croissante dont les limites semblaient déjà pouvoir s’étendre à l’infini. Le thème de la mer persiste encore aujourd’hui comme en témoigne l’architecture du centre R&D de Longmont, dont la façade ressemble au safran (ou la proue suivant la perspective) d’un navire et dont l’intérieur regorge de poutres apparentes.

Image 3 : Reportage : comment Seagate martyrise ses disques durs

Pour filer encore un peu plus la métaphore, on pourrait considérer que le centre R&D de Longmont reprend un rôle comparable à celui des explorateurs marins des siècles passés. Pour dompter ces mers de données, on commence par tracer un itinéraire. De même que l’on entend très rarement parler des explorateurs parvenus jusqu’au fond de l’océan, on ne sait que peu de choses sur les choix technologies et conceptions qui ont fini au fond d’une benne. On se contente surtout d’une capacité plus importante pour un prix plus agressif que jamais tout en attribuant cela à l’ordre des choses, sauf que ce processus n’a rien de naturel. En effet, les avancées nécessitent des années de réflexion intense, de travail acharné et d’investissements colossaux.

Après avoir passé 35 ans à lancer des produits, acquérir bon nombre de concurrents pour ensuite consolider son activité, Seagate s’appuie sur son PDP (Processus de Développement de Produits)comme s’il s’agissait d’un texte sacré. Le PDP se décompose en huit phases que voici :

Image 4 : Reportage : comment Seagate martyrise ses disques durs

Cette infographie met en avant la phase d’intégration, qui est celle qui appelle le plus d’efforts de la part du centre R&D de Longmont. Néanmoins, ce dernier commence à travailler un peu plus tôt dans le processus. Après une période consacrée à l’élaboration d’une feuille de route et l’appréciation de la faisabilité technologique pouvant s’étendre sur cinq ans au maximum, les équipes marketing passent le relais aux ingénieurs, lesquels constituent alors une équipe restreinte chargée de développer et finaliser une conception de disque dur. Cette conception ne doit pas être confondue avec un disque dur spécifique. Pour prendre un exemple récent, une évolution a consisté à passer de cinq à six plateaux, légèrement améliorer ces derniers, modifier la conception des têtes de lecture et actualiser le micrologiciel. Au final, cette nouvelle conception s’est traduite par le Seagate Entreprise Capacity 3,5 pouces 6 To, là où l’ancienne conception avait permis de lancer le modèle 4 To. S’il s’agit d’une série de mises à jour et non pas de bouleversements, le fait est que Seagate a dû passer par là pour faire évoluer sa gamme de disques durs 7200 tr/min. Ceci étant dit, chaque nouvelle conception se traduit par de multiples modèles et parfois plusieurs familles de disques durs suivant le résultat de telle combinaison de critères au fil du développement.

Image 5 : Reportage : comment Seagate martyrise ses disques durs

Revenons à notre équipe restreinte d’ingénieurs. Leur travail commence dans ce genre de pièce où les réunions peuvent s’enchainer pendant plus d’un an. L’équipe restreinte devient alors une sorte de seconde famille afin de stimuler les idées et le travail collaboratif. On pourrait s’étonner de la durée de cette phase baptisée AAD (Advanced Drive Development), mais la quantité de détails à régler peut s’avérer affolante quand bien même les changements de conception sont modestes. Pour reprendre l’exemple du passage de cinq à six plateaux, il a fallu remanier intégralement le circuit imprimé utilisé précédemment. L’assemblage du moteur à bobine mobile (VCMA) a nécessité trois vis au lieu d’une. Le positionnement des trous de montage a dû changer. Le filtre de régénération de l’air a dû être agrandi. Un nouveau type de lubrifiant pour plateaux a été utilisé … tout ceci a nécessité des mois entiers d’analyse et simulation.

Après avoir enfin déterminé comment la nouvelle conception pouvait être menée, l’étape de faisabilité détermine si cette conception doit aller jusqu’à son terme. Dans le cas des six plateaux, destinés à alimenter les derniers disques durs en date visant le monde professionnel, les ingénieurs de Seagate savaient que les disques durs à hélium constitueraient leur concurrence directe en 2015. Les tests préliminaires ont démontré un avantage d’environ 20 % en faveur de Seagate pour parcourir l’intégralité des plateaux. Si le résultat avait débouché sur un score négatif, la nouvelle conception aurait vraisemblablement été abandonnée afin de ne pas engendrer des pertes inutiles : à prix égal, personne n’achète un disque dur moins performant qu’un autre. Dans cette même optique, l’équipe en charge de la faisabilité doit s’assurer qu’une nouvelle conception est compatible avec les attentes de la marque en termes de profit tout en proposant des produits à un prix suffisamment attractif.

A partir du moment où une nouvelle conception passe le cap de la faisabilité, elle doit ensuite obtenir le feu vert des décideurs marketing et développement durant la phase 0 : ces décideurs établissent un contrat pour l’équipe d’ingénieurs restreinte contenant les mesures essentielles qui doivent être atteintes, les plages de consommation et performances ainsi que la méthodologie de test pour prouver que les objectifs sont atteints ou surpassés.

Enfin, la phase de conception aboutit sur une preuve de concept, élément qui précède le prototype. Une fois la conception arrêtée, le projet entre dans sa phase d’intégration : cette période de six mois dédiée aux optimisations techniques constitue le sel de notre visite chez Seagate.

Sommaire :

  1. Introduction
  2. Phase de tests – 1ère partie
  3. Phase de tests – Vibrations
  4. Phase de tests - Chutes
  5. Phase de tests – 4ème partie
  6. Analyses
  7. Conclusion