Test : Core i9-9980XE, 18 coeurs face aux AMD Threadripper

Les sorties de processeurs pour configurations très haut de gamme se suivent : que vaut l’Intel Core i9-9980XE avec ses 18 cœurs pour 36 threads ?

Sommaire

Introduction

Image 1 : Test : Core i9-9980XE, 18 coeurs face aux AMD Threadripper

L’année dernière, la lutte entre AMD et Intel sur la scène des processeurs très haut de gamme a connu une escalade : en sortant son Threadripper 1ère génération avec un maximum de 16 cœurs, AMD a bousculé Intel pour la première fois sur un segment de marché où le géant de Santa Clara régnait en maître. Intel a donc été contraint de sortir la famille Skylake-X dans la précipitation, là aussi avec un maximum de 18 cœurs, de manière à ne pas renoncer à son trône. Un peu plus tôt cette année, AMD est revenu à la charge avec Threadripper 2, notamment le 2990WX et ses 32 cœurs. Bien que la topologie complexe de cette architecture ait donné lieu à des compromis, lesquels se ressentent sur certains programmes, le fait est que les Threadripper 2ème génération sont dominants dans les benchmarks massivement multi-threadés.

N’étant pas franchement du genre à s’avouer vaincu, Intel a répondu avec une mise à jour de Skylake-X dont le fer de lance est le Core i9-9980XE, disposant de 18 cœurs et 36 threads. Nous savons par ailleurs qu’un certain Xeon W-3175X à 28 cœurs pouvant être overclocké est dans les tuyaux, mais cette gamme vise clairement le monde professionnel.

Une mise à jour de plus

Le constat est clair : Intel se contente à nouveau d’une mise à jour architecturale à finesse de gravure constante (14 nm) pour répondre à AMD et cette fois, le géant de Santa Clara n’arrivera pas à répliquer en proposant un plus grand nombre de cœurs. Par conséquent, le Core i9-9980XE s’appuie sur la même architecture Skylake-X que ses prédécesseurs. Notons qu’Intel s’est enfin décidé à (ré)utiliser un joint en soudure pour optimiser l’échange thermique entre le die du processeur et sa capsule (on parle alors de STIM pour solder-based thermal interface material) et non plus de la pâte thermique, ce qui permet en retour des fréquences Turbo Boost plus élevées. L’overclocking pourrait également en profiter, mais même à fréquence d’origine, il faut s’attendre à investir dans une carte mère haut de gamme, une alimentation puissante et un dissipateur musclé pour tirer le meilleur du Core i9-9980XE.

Ceci étant dit, la compétition entre AMD et Intel ne se limite pas au nombre de cœurs et aux benchmarks. Le fait est que les Threadripper sont moins chers que les Skylake-X en termes de coût par cœur, tout en sachant qu’Intel refuse globalement d’ajuster sa politique tarifaire salée. Il en résulte que le i9-9980XE est difficilement recommandable par rapport aux Threadripper 2ème génération.

Intel Core i9-9980XE Extreme Edition

Les processeurs Intel Core X ont été conçus pour les créateurs de contenus et utilisateurs ayant besoin de performances au niveau des stations de travail professionnelles, tout en ayant la liberté d’overclocker ainsi que l’accès à diverses fonctionnalités orientées haut de gamme. Si les Core X sont compatibles avec les cartes mères chipset X299 qui ont commencé à débarquer chez les revendeurs en juin 2017, celles-ci nécessiteront probablement une mise à jour firmware pour gérer le Core i9-9980XE.

A l’image des modèles de la génération précédente, les Intel Core X gèrent la mémoire DDR4-2666 en natif. Intel a tout simplement supprimé la compatibilité ECC pour éviter d’attirer sa clientèle Xeon vers une plateforme moins chère (et moins endurante) parce que pensée pour les particuliers et non pas l’entreprise.

CPU
Intel Core i9-9980XE
Socket
LGA 2066
Cœurs/ Threads
18 / 36
TDP
165 Watts
Fréquence d’origine
3 GHz
Fréquence Turbo Boost (2.0 / 3.0)
4,4 / 4,5 GHz
Cache L3
24,75 Mo
Circuit graphique intégréSans
Fréquence IGP d’origine/Turbo (MHz)
Sans objet
Compatibilité mémoire
DDR4-2666
Contrôleur mémoire
Quadruple canal
Coefficient multiplicateur débloqué
Oui
Lignes PCIe
44

Comme mentionné plus haut, le Core i9-9980XE embarque 18 cœurs avec Hyper-Threading, ce qui lui permet de gérer un maximum de 36 threads en simultané. Avec un prix de 2150 €, le nouveau Core i9 se retrouve en concurrence avec le Threadripper 2990WX (32C/64T, 1850 €) alors que son nombre de cœurs/threads se rapproche plus de ce que propose le Threadripper 2950X (16C/32T, 950 €).

A l’image de son prédécesseur, le Core i9-9980XE embarque 24,75 Mo de cache L3. La nouveauté vient du joint en iridium entre le die gravé en 14 nm++ et la capsule du processeur : si Intel avait déjà utilisé cette optimisation thermique pour augmenter le nombre de cœurs au sein de ses processeurs Coffee Lake série 9, il s’agit cette fois d’augmenter les fréquences Turbo Boost.

Nombre de cœurs actifs
1 -2
3 – 4
5 – 12
13 – 16
17 – 18
Fréquences Turbo Boost Core i9-9980XE (GHz)
4,5
4,2
4,1
3,9
3,8
Fréquences Turbo Boost Core i9-7980XE (GHz)
4,4
4
3,9
3,5
3,4


Intel a légèrement amélioré sa fréquence Turbo Boost 3.0 sur deux cœurs, celle-ci grapillant 100 MHz pour atteindre 4,5 GHz lorsque cette fonctionnalité parvient à sélectionner les deux cœurs les plus performants pour faire face à une charge peu threadée. Notons que Windows 10 gère dorénavant cette fonctionnalité en natif. Parallèlement à cette dernière, le Turbo Boost 2.0 est également de mise avec un palier à 4,4 GHz. Les véritables avancées apparaissent du côté des fréquences optimisées en multi-cœur : suivant leur nombre en activité, ceux-ci gagnent entre 200 et 400 MHz. Si les gains de performance seront modestes avec des programmes peu threadés comme les jeux ou suites de productivité, ils seront en revanche plus sensibles pour des tâches comme la création de contenus ou rendu vidéo.

Interconnexion Mesh

Comme c’était le cas pour la précédente génération Skylake-X, le Core i9-9980XE s’appuie sur une architecture de type « mesh » plutôt que « ring bus » comme c’était le cas de Broadwell-E. D’après les représentants de la marque, la conception en mesh présente un meilleur échelonnement des performances pour les cœurs, caches et E/S qui s’y connectent. Pour plus de détails, voir notre test du Core i9-7900X.

Les processeurs Xeon sont nécessairement basés sur l’un des trois dies suivants : XCC (28 cœurs maximum), HCC (18 cœurs max.) ou LCC (10 cœurs max.). Il y a peu de temps, Intel exploitait ses dies HCC pour les Core X embarquant plus de 10 cœurs tandis que les dies LCC étaient destinés au modèles comptant 10 cœurs ou moins. Grâce à cela, le géant de Santa Clara parvenait à maintenir des marges élevées (un die plus petit est moins cher à fabriquer) tout en minimisant consommation et dissipation thermique. Il semblerait qu’Intel utilise désormais exclusivement ses dies HCC pour l’ensemble de ses Core X : les nouveaux processeurs affichent un TDP de 165 Watts contre 140 Watts pour la précédente génération et embarquent plus de cache. A titre d’exemple, Core i9-9820X et Core i9-9800X disposent de 16,5 Mo en L3, sachant que les dies LCC plafonnent à 13,75 Mo de cache L3.


Cœurs/
Threads
Fréq. origine/
Boost (GHz)
Cache L3
(Mo)
Lignes
PCIe 3.0
Contrôleur DRAM
TDP
Prix au
14.11.18
Prix/
Cœur
TR 2990WX
32 / 64
3 / 4,2
64
64 (4 vers PCH)
Quad DDR4-2933
250 W
1850 €58 €
TR 2970WX
24 / 48
3 / 4,2
64
64 (4 vers PCH)Quad DDR4-2933250 W
1400 €58 €
Core i9-9980XE
18 / 36
3 / 4,5
24,75
44
Quad DDR4-2666165 W
2150 €119 €
Core i9-7980XE
18 / 36
2,6 / 4,4
24,75
44
Quad DDR4-2666165 W
2140 €119 €
TR 2950X
16 / 32
3,5 / 4,4
32
64 (4 vers PCH)Quad DDR4-2933180 W
960 €60 €
 Core i9-9960X16 / 32
3,1 / 4,5
22
44
Quad DDR4-2666165 W
1820 €114 €
Core i9-7960X
16 / 32
2,8 / 4,4
22
44
Quad DDR4-2666
165 W
1555 €
97 €
Core i9-9940X
14 / 28
3,3 /4,5
19,25
44
Quad DDR4-2666165 W
1500 €107 €
TR 2920X
12 / 24
3,5 / 4,3
32
64 (4 vers PCH)Quad DDR4-2933180 W
700 €
58 €
Core i9-9920X
12 / 24
3,5 / 4,5
19,25
44
Quad DDR4-2666165 W
1280 €107 €
Core i9-7920X
12 /24
2,9 / 4,4
16,5
44
Quad DDR4-2666
140 W
1135 €
95 €
Core i9-9900X
10 / 20
3,5 / 4,5
19,25
44
Quad DDR4-2666165 W
1080 €108 €
Core i9-7900X
10 / 20
3,3 / 4,3
13,75
44
Quad DDR4-2666
140 W
1076 €
108 €
Core i9-9820X
10 / 20
3,3 / 4,2
16,5
44
Quad DDR4-2666165 W
950 €95 €
Core i9-9800X
8 / 16
3,8 / 4,5
16,5
44
Quad DDR4-2666165 W
650 €81 €
Core i9-9900K
8 / 16
3,6 / 5
16
16
Dual DDR4-2666
95 W
700 €88 €

Enfin, notons une (bonne) surprise : Intel maintient l’intégralité des 44 lignes PCIe 3.0 actives sur l’ensemble de sa nouvelle série Core X, alors que la précédente génération voyait ce nombre fondre au fur et à mesure de la descente en gamme. Impossible de ne pas percevoir ce changement radical comme une réponse aux Threadripper d’AMD, lesquels proposent systématiquement 60 lignes PCIe 3.0.

Consommation, overclocking et configuration du test

Les mesures de consommation présentent toujours un risque d’erreur, mais tant que les valeurs à partir du connecteur 12 Volts (EPS) de l’alimentation, des sondes de la carte mère dédiées à l’alimentation et du transformateur coïncident, tout va bien. En conséquence, nous étudions exclusivement la consommation directe des processeurs pour éviter les biais susceptibles d’être induits par les cartes mères. Les valeurs issues du contrôleur PWM sont tout à fait fiables sous réserve de les mesurer en moyenne sur quelques minutes.

Précisons que les tests ci-dessous ont été effectués dans notre laboratoire américain : ils ne sont donc pas directement comparables avec ceux des précédents articles car l’environnement n’est pas identique (220 V et 50 Hz en Europe contre 110 V et 60 Hz aux Etats-Unis, différences dans le choix des composants).

Nous nous attendions à ce que le Core i9-9980XE soit gourmand et le nouveau fer de lance d’Intel ne nous a pas déçus : à fréquence d’origine, nous avons relevé 245 Watts sur un test optimisé AVX et 199 Watts sur un autre test ne faisant pas appel à ce jeu d’instructions.  Fort heureusement, notre kit watercooling Corsair H115i s’est avéré tout à fait capable de tenir le choc lorsque la pompe était réglée sur le mode « Performances » : les températures sont restées sous le seuil de 75 °C lors d’une longue session de Prime 95 et 65 °C avec un test sans AVX.

En revanche, ces valeurs se sont envolées lorsque nous avons commencé à overclocker le processeur : à 4,4 GHz, nous avons relevé 256 Watts sur un test utilisant les instructions SSE et 348 Watts lors d’un test avec AVX (malgré le fait d’avoir limité la fréquence sur l’ensemble des cores à une valeur assez raisonnable de 3,3 GHz dans ce dernier cas). Le nouveau benchmark basé sur Blender s’est également avéré efficace pour mesurer les cas consommation extrême : le Core i9-9980XE a fait des pointes à 392 Watts lors des opérations de rendu.

Comme c’était le cas des processeurs Skylake-X que nous avons déjà testés, le courant a des conséquences significatives sur les performances et la dissipation thermique. Il est même possible d’augmenter son score sur des benchmarks threadés comme Cinebench en augmentant la tension VCCIN (à une fréquence donnée).

Overclocking à 4,4 GHz… A confirmer…

Malheureusement, Intel ne nous a pas accordé beaucoup de temps pour apprivoiser le Core i9-9980XE avant de lever l’embargo, ce qui nous a empêchés d’aller au bout de l’overclocking avec benchmarks à la clé. Ceci étant dit, nous sommes donc parvenus à 4,4 GHz en poussant VCCIN à 1,92 Volt et Vcore à 1,1 Volt. Précisons qu’en parallèle, nous avons également appliqué un offset pour l’AVX allant de -11 (soit 3,3 GHz) à -16 pour l’AVX-512 (soit 2,8 GHz, la fréquence d’origine du processeur), vu que les benchmarks utilisant ces instructions sont particulièrement éprouvants pour les processeurs. Malgré ces efforts, nous avons relevé des pointes à 95°C sous Blender et 90°C sur un autre benchmark sans AVX.

Ces modestes hausses de tension étaient de trop pour le Corsair H115i en mode « Performances ». Comme c’était le cas pour les Skylake-X première génération, nous avons atteint un mur thermique bien avant d’avoir exploité toutes les capacités du processeur et ce malgré le joint en iridium. Si le but est vraiment d’overclocker le Core i9-9980XE, nous recommandons chaleureusement un kit de watercooling personnalisé, mais ça n’est pas tout : le refroidissement actif (par air ou eau) de l’étage d’alimentation est vraiment souhaitable. Ajoutons à cela une alimentation capable d’envoyer au moins 20A sur le rail 12 Volts. Le BIOS de MSI mentionne la nécessité d’avoir une alimentation pouvant délivrer jusqu’à 1000 Watts via le câble EPS à huit broches : en clair, le Core i9-9980XE doit être associé à une alimentation musclée et rien d’autre.

Configuration du test

Composants & OS

Intel LGA 2066
Intel Core i9-9980XE, -7960X, -7980XE, -7900X
MSI X299 Gaming Pro Carbon AC
4x 8 Go G.Skill FlareX DDR4-3200 @ DDR4-2666, DDR4-3200

AMD Socket SP3 (TR4)
Ryzen Threadripper Gen 1 & 2
MSI MEG X399 Creation
4x 8 Go G.Skill FlareX DDR4-3200 @ DDR4-2933, DDR4-3200, DDR4-3466

AMD Socket AM4 (400-Series)
AMD Ryzen 7 2700X
MSI X470 Gaming M7 AC
2x 8 Go G.Skill FlareX DDR4-3200 @ DDR4-2933

Intel LGA 1151 (Z390)
Intel Core i9-9900K
MSI MEG Z390 Godlike
2x 8 Go G.Skill FlareX DDR4-3200 @ DDR4-2667 & DDR4-3466

Composants communs aux quatre configurations
EVGA GeForce GTX 1080 FE
SSD Samsung PM863 1 To
SilverStone ST1500-TI, 1500 Watts
Windows 10 Pro (toutes mises à jour effectuées)

Refroidissement

Wraith Ripper
Corsair H115i
Enermax Liqtech 240 TR4 II

VRMark et 3DMark

Conformément aux recommandations d’AMD, nous avons testé les Ryzen Threadripper en mode jeux, divisant ainsi par deux voire quatre le nombre de cores à disposition : d’après les représentants de la firme texane, ceci permet d’optimiser les performances dans ce contexte particulier. Toute mention de « PBO » dans les graphiques qui suivent signifie que nous avons utilisé le Precision Boost Overdrive, fonctionnalité propre à AMD qui vise à exploiter au maximum le potentiel des processeurs en appliquant un overclocking automatisé sur la base des capacités d’alimentation et de refroidissement disponibles.

Les performances en jeu sont mesurées en 1920×1080 pour éliminer tout goulet d’étranglement potentiel au niveau GPU. Bien entendu, plus la définition augmente et plus les écarts entre les processeurs se réduisent.

VRMark, 3DMark

Nous ne sommes pas franchement partisans des tests synthétiques pour mesurer les performances en jeu, mais les tests CPU de 3DMark en DX11 et DX12 apportent un éclairage appréciable sur les ressources disponibles pour les moteurs de jeux.

Le Core i9-9980XE 18C/36T affiche un résultat appréciable à fréquence d’origine, mais l’extrême proximité du 7960X apporte la preuve irréfutable que ces benchmarks ne voient pas les performances des processeurs s’échelonner de manière linéaire au fur et à mesure que le nombre de cœurs augmente.

Remarquons également la mauvaise performance des Threadripper, presque tous relégués dans la seconde partie du classement malgré le fait que nous ayons effectué ces tests en mode jeu comme recommandé par AMD.

Les processeurs d’Intel doivent leur suprématie sur VRMark à leur impressionnante performance par cœur (laquelle est déterminée par la fréquence et le nombre d’instructions par cycle). Pour mémoire, le Core i9-9980XE dispose d’un léger avantage par rapport au 7980XE en termes de fréquence Turbo Boost 3.0 puisque le premier plafonne à 4,5 GHz sur un cœur contre 4,4 GHz pour le second.

AotS: Escalation et Dawn of War III

Ashes of the Singularity: Escalation

Ashes of the Singularity: Escalation est un titre intense en calcul dont les performances s’échelonnent normalement assez bien lorsque le nombre de cœurs augmente.

Le Core i9-9980XE finit en tête sur ce benchmark, avec seulement 0,6 ips de plus en moyenne par rapport au Core i9-7980XE. Sachant par ailleurs que les performances par centile sont très proches entre les deux processeurs, on en déduit que l’avantage du 9980XE en termes de fréquence ne pèse pas lourd en pratique sur ce titre.

Warhammer 40,000: Dawn of War III

Le Core i9-9900XE s’installe sans contestation au sommet du classement, tandis que le Ryzen Threadripper 2970WX avec PBO parvient à rivaliser avec les processeurs Intel haut de gamme. En parallèle, le 9980XE affiche un gain de 6,8 % par rapport à son prédécesseur, un résultat qui n’a rien de surprenant sachant que Warhammer 40,000: Dawn of War III est un titre fortement optimisé multithread.

Far Cry 5, GTA: V et Hitman

Far Cry 5

Le Core i9-9980XE mène encore la danse parmi les processeurs (très) haut de gamme. Toutefois, le Core i9-9900K vient rappeler tout l’intérêt de la plateforme LGA 1151 lorsqu’il s’agit de jeux : on obtient ici de meilleures performances pour un prix nettement inférieur à celui des configurations X299. Du côté d’AMD, le Ryzen 2700X se comporte de manière admirable lorsque l’on considère son rapport performances/prix.

Notons que les Core i9 Skylake-X, y compris le 9980XE, souffrent tous d’un violent creux en matière de performances par centile : autrement dit, ils génèrent quelques images avec une latence prononcée.

Grand Theft Auto V

Le titre de Rockstar a tendance à favoriser les architectures Intel et de manière plus générale, les processeurs proposant un grand nombre de cœurs et une fréquence élevée.

Vu ce que nous venons d’évoquer, la dominance des Core i9 n’a rien d’étonnant. Le Ryzen Threadripper 2950X suit en proposant un très bon rapport/performance prix, surtout lorsque l’on prend l’overclocking en compte.

Hitman

Notre benchmark de Hitman a été rendu presque inutile à cause d’un patch qui limitait les performances à 90 ips. Fort heureusement, une mise à jour ultérieure a permis de revenir à une situation normale.

Le titre d’IO Interactive apprécie d’avoir un grand nombre de cœurs à disposition ainsi que des fréquences élevées, d’où le fait que notre Core i9-7980XE termine en tête. En théorie, le Core i9-9980XE devrait surpasser le 7980XE après overclocking vu que tel est déjà le cas à fréquence d’origine, mais nous avons manqué de temps pour finaliser l’overclocking du 9980XE avant la levée de l’embargo.

Shadow Of War et Project CARS 2

Middle-earth: Shadow Of War

Le titre de Monolith Productions s’appuie plus sur les ressources graphiques que le processeur, d’où un faible nivellement entre les CPU du panel de test. Cette tendance ne doit pas être occultée quand on joue régulièrement et que l’on cherche à remplacer son processeur : les jeux récents sont plus sensibles aux performances des cartes graphiques haut de gamme que des processeurs haut de gamme. Ceci est d’autant plus vrai lorsque l’on pousse la définition à 2560×1440 ou encore 3840×2160. 

Project CARS 2

Slightly Mad Studios affirme que Project CARS 2 est optimisé pour tirer parti du multithreading et pourtant, la fréquence influe significativement sur les performances. Le Core i9-9900K parvient ainsi à compenser son « faible » nombre de cœurs par un pallier Turbo Boost très élevé à 5 GHz sur deux cœurs, au point de finir en tête du classement.

Après overclocking à 4,2 GHz, le Core i9-7980XE voit ses performances bondir. Nous nous attendons à ce que le 9980XE fasse aussi bien si ce n’est mieux une fois que nous aurons eu le temps de le pousser lui aussi dans ses retranchements.

Performances en bureautique

Adobe Creative Cloud

Bien que la suite Adobe inclue quelques benchmarks tirant parti du multithreading, le résultat final est fortement conditionné par les benchmarks peu threadés, lesquels sont représentatifs de la plupart des programmes utilisés sur les PC grand public.

Compte tenu de son Turbo Boost agressif à 4,5 GHz et d’un net avantage en termes d’instructions par cycle comparé aux Ryzen, le Core i9-9980XE affiche un résultat décevant sous Adobe Creative Cloud. On peut même parler de sortie de route sur le test InDesign qui est pourtant threadé.

Le fait est qu’Intel a réorganisé la hiérarchie de sa mémoire cache tout en faisant évoluer son architecture processeur vers une interconnexion de type mesh sur les Skylake-X 1ère génération, dans l’optique de gérer plus efficacement l’augmentation du nombre de cœurs. Bien entendu, cette approche a été reconduite pour les Skylake-X 2ème génération. Si ce choix s’est avéré franchement payant pour certains programmes à usage professionnel, nous avons vu que cela n’était pas le cas dans tous les domaines. Les benchmarks comme celui basé sur InDesign permettent justement d’évaluer les faiblesses de Skylake-X.

Navigateur Internet

La suite Krakken évalue les performances JavaScript au travers de plusieurs domaines parmi lesquels audio, infographie et cryptographie. Comme la plupart des charges induites par les navigateurs Internet, ce sont les performances sur un seul thread qui priment avant tout.

Le Core i9-9980XE ne parvient toujours pas à s’illustrer, mais il a au moins le mérite d’être compétitif sur cette série de benchmarks caractéristiques des navigateurs Internet ; Grâce à leurs fréquences plus élevées, les processeurs d’Intel prennent le pas sur ceux d’AMD, mais l’écart s’est réduit grâce aux progrès induits par les CPU Ryzen 2ème génération.

Bureautique

Le test de démarrage mesure la vitesse à laquelle les programmes de traitement de texte, GIMP et les navigateurs démarrent, à chaud et à froid. D’autres éléments de la configuration influent sur les résultats, notamment le sous-système de stockage. Le i9-9900K maintient sa domination, tandis que le 9980XE affiche un gain de 7% par rapport à son prédécesseur.

Le benchmark de visioconférence mesure les performances des programmes mono et multi-utilisateurs utilisant Windows Media Foundation pour la lecture vidéo et l’encodage dans ce domaine. Il simule également la reconnaissance faciale au cours du test afin de représenter le plus fidèlement possible les performances en conditions réelles. Les processeurs LGA 1151/AM4 proposent le meilleur rapport/performances prix pour ce genre de programmes, mais le Ryzen Threadripper 2950X est assez extraordinaire dans le segment haut de gamme pour peu que l’on attache de l’importance aux logiciels de productivité.

Le benchmark en retouche d’image mesure les performances avec les binaires de Futuremark, lesquels s’appuient sur la librairie ImageMagick. Les tâches de type traitement d’image tendent par ailleurs à être optimisées pour le multithreading, ce qui explique pourquoi le 2950X se comporte aussi bien : il fait mieux que le Core i9-9980XE pour à peine la moitié de son prix.

Rendu, transcodage et compression

Rendu

Compte tenu de sa configuration 32C/64T, le Ryzen Threadripper 2990WX profite d’un avantage indiscutable pour ce qui est du nombre de cœurs. Rappelons toutefois que les accès depuis ses contrôleurs mémoire éloignés peuvent avoir des conséquences imprévisibles sur les performances suivant le benchmark utilisé. En revanche, lorsque le 2990WX est en mesure d’employer l’intégralité de ses ressources d’exécution, il roule sur la concurrence.

L’Intel Core i9-9980XE n’est pas aussi performant sur les travaux de rendus fortement multi-threadés, mais avec nos benchmarks capables d’isoler les performances en monothread, il parvient à faire beaucoup mieux que les autres processeurs haut de gamme.

Transcodage et compression

Nos tests de compression et décompression s’appuient directement sur la mémoire système afin d’éliminer les biais pouvant être induits par le périphérique de stockage.

Lorsqu’il s’agit de décompression, le Ryzen Threadripper 2990WX parvient à donner le meilleur de lui-même. A contrario, le test de compression met en lumière son autre visage, ce qui le fait plonge au classement. Le Core i9-9980XE est impressionnant dans ce domaine, en grande partie parce qu’il n’est pas handicapé par les débits mémoire faiblards dont les Threadripper les plus onéreux souffrent ici. Notons que le fer de lance d’Intel tire aussi son épingle du jeu en décompression.

Y-Cruncher est un programme mono- et multithread qui calcule Pi et constitue un excellent moyen d’évaluer les performances optimisées pour les instructions AVX. Là où le Core i9-9980XE s’appuie sur deux unités FMA 256 bits par cœur fonctionnant en parallèle, l’architecture Ryzen répartit les opérations AVX 256 bits sur deux unités FMA 128 bits par cœur. L’approche choisie par Intel permet au 9980XE de briller sur le test monothread, bien que les performances se limitent à une timide progression de 4% par rapport au 7980XE. Sur le test multithread de Y-Cruncher, les deux processeurs du géant de Santa Clara font match nul. Précisons que l’un comme l’autre ont abaissé leur fréquence à 2,8 GHz sur l’ensemble de leurs cœurs pour encaisser la charge induite par les instructions AVX-512 durant ces deux benchmarks.

Notre test HandBrake x264 fait lui aussi appel à ces instructions, mais son pendant x265 les distribue plus largement. Dans un cas comme dans l’autre, ce sont les Intel Core i9 haut de gamme qui terminent au sommet de la hiérarchie.

Conclusion

Image 64 : Test : Core i9-9980XE, 18 coeurs face aux AMD Threadripper
6/10

Intel Core i9-9980XE

On aime
  • Performances équilibrées en mono comme en multithread
  • Fréquences Turbo Boost revues à la hausse
On n’aime pas
  • Trop cher par rapport à la concurrence
  • Forte consommation
  • Dissipation thermique nécessitant un dissipateur musclé ou un circuit de watercooling

Malgré son statut de vaisseau amiral dans le segment très haut de gamme d’Intel, le Core i9-9980XE doit faire face à une compétition autrement plus rude que son prédécesseur. A vrai dire, mis à part le processus de gravure 14nm optimisé et un joint en iridium comme interface thermique, il n’a pas grand-chose pour se différencier de son prédécesseur. Il en résulte qu’Intel a du mal à faire face aux plus performants des Threadripper d’AMD.

Performances moyennes et perf/prix

Ne nous méprenons pas : le Core i9-9980XE est un processeur performant. Intel a fait de vrais progrès en matière de fréquences Turbo Boost, ce qui se traduit par un plus grand nombre d’ips en jeu ainsi que des résultats en hausse sur les benchmarks de notre suite de tests. Ceci étant dit, les gains sont généralement assez faibles :

Finalement, le Core i9-9980XE ne propose que 3,3 % de performances supplémentaires en jeu par rapport au 7980XE. Si les Ryzen Threadripper ne sont pas aussi rapides sur les mêmes jeux, le 2950X en particulier va faire parler de lui dans sa tranche tarifaire (1000 € maximum) tant il est performant dans tous les domaines. De plus, le passage à une définition QHD et a fortiori 4K fera de lui le parfait associé à une carte graphique haut de gamme.

Le Core i9-9980XE s’est aussi montré impressionnant sur les tests applicatifs, sans pour autant écraser la concurrence. Un grand nombre de benchmarks multi-threadés sont remportés par AMD grâce à son monstre 32C/64T, le Threadripper 2990WX. Les deux marques nous forcent à faire quelques concessions compte tenu des compromis architecturaux qu’ils ont dû faire pour rendre possible ces dizaines de cœurs sur un seul processeur. Il faut donc peser le pour et le contre à la lumière de ses besoins.

Pénalisé par son prix

Certains parmi nous seront sensibles au fait qu’AMD a préservé la gestion de la mémoire ECC sur Threadripper, là où Intel a manifestement eu peur que Skylake-X ne vienne cannibaliser les ventes de ses Xeon. Si le géant de Santa Clara s’est enfin décidé à laisser intact l’intégralité des lignes PCIe sur l’ensemble des Skylake-X, rappelons qu’AMD l’a fait en premier. Il en va de même pour l’interface thermique : le fait de revenir à un joint en soudure n’est pas un luxe à nos yeux, mais une nécessité. En parallèle, le Ryzen Threadripper 2950X ne coûte même pas la moitié d’un Core i9-9980XE et s’avère pourtant compétitif par rapport à ce dernier dans de nombreux benchmarks. Le processeur d’AMD constitue donc clairement le meilleur rapport performances/prix en haut de gamme pour qui veut jouer, streamer, créer des contenus et coder.

Pour ceux parmi nous ayant ces mêmes besoins sans avoir 1000 € à investir dans un processeur très haut de gamme, une carte mère à l’avenant, une alimentation haute capacité et un kit de watercooling, le Core i9-9900K constitue une bonne alternative. On touche aux performances du très haut de gamme sur une plateforme autrement plus accessible. Bien entendu, on ne peut pas parler du Core i9-9900K comme d’un bon rapport qualité-prix dans l’absolu, mais il constitue une bonne réponse aux besoins intensifs pour tous ceux voulant monter la configuration la plus performante qui soit en jeu.

Les petits progrès du Core i9-9980XE par rapport à son prédécesseur ne nous ont pas fait vibrer, mais les paliers Turbo Boost plus agressifs, les caches plus généreux et l’accès à l’intégralité des lignes offertes par le contrôleur PCI Express rendent tout de même Skylake-X 2ème génération plus intéressant que les processeurs très haut de gamme qui l’ont précédé côté Intel. Le Core i9-9980X est un CPU paré pour le calcul intensif qui ne manque pas de qualités pour tous ceux parmi nous qui ont des besoins conséquents. Cependant, il nous semble handicapé par la politique tarifaire d’Intel qui semble faire comme si la concurrence n’existait pas.

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